Anthony Caro : The Kenwood Series
Avec ses pièces d’acier généralement peintes déployées dans l’espace, Anthony Caro (1924-2013) fut le plus grand sculpteur de sa génération, ultime représentant du modernisme après la disparition prématurée de David Smith. L’irruption du minimalisme ou du land art auront trop rapidement fait de lui un classique. En 1994, sans cesser de se réclamer de l’abstraction, il choisit d’expérimenter en présentant à la Kenwood House les Trojan War Sculptures, œuvres inspirées des héros des grandes figures de l’Iliade et réalisées en acier et grès. Les œuvres de The Kenwood Series, exécutées entre 2003 et 2004, s’inscrivent dans la continuité de cette exposition en oubliant les références littéraires et en élargissant le domaine d’investigation. Caro disait avoir été marqué par les récentes images de guerres, celles d’Irak en particulier, et avoir voulu que son travail porte trace de son indignation. The Witness, œuvre monumentale, offre une vision de prostration douloureuse. C’est une figure primitive en larges blocs de grès supportés par une structure triangulaire en acier et que défendent des fourches de type chariot élévateur. Ces fourches, qu’on retrouve dans d’autres œuvres, ont une qualité structurelle, mais apportent aussi l’idée du déplacement. À côté de la charge de The Witness, l’exposition réunit des œuvres dans lesquelles Caro s’est manifestement plu à explorer l’univers du sculpteur et à jouer avec les références tant architecturales que picturales, comme cette nature morte faite d’objets en grès disposés sur une table d’acier. Venant d’un artiste dont la sculpture se vit à ses débuts apposer l’adjectif « pictorialist » et qui produisit tout au long de sa carrière des Table pieces, cela ne manque pas d’humour. Les œuvres de The Kenwood Seriestémoignent à la fois d’une introspection et d’une ouverture à l’assemblage et à l’hybridation. Bien que datées du début du siècle, elles s’avèrent parfaitement actuelles.
Du 5 septembre au 24 octobre 2026, Galerie Templon, 28 rue du Grenier Saint-Lazare, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Ali Banisadr : Talisman » chez Thaddaeus Ropac, Paris. Photo Nicolas Brasseur. Courtesy Thaddaeus Ropac gallery, London · Paris · Salzburg · Milan · Seoul
Ali Banisadr : Talisman
La peinture d’Ali Banisadr semble toujours animée par un tourbillonnement, tornade ou tempête, dans laquelle des figures se trouvent portées ou projetées. « Talisman » s’est ouverte en même temps qu’une présentation d’œuvres de l’artiste au musée Gustave Moreau à Paris et les deux expositions se répondent. Banisadr a pensé au maître symboliste, une de ses admirations, sans s’y référer directement dans ses nouvelles œuvres. À la galerie Thaddaeus Ropac, il a choisi de présenter un ensemble de cinq sculptures au milieu de la salle de manière à les faire dialoguer avec les tableaux. Sculptures en bronze, fruits du modelage et de l’assemblage, placées chacune sur un socle singulier, elles sont inspirées de personnages de l’Odyssée ou de Gilgamesh. Porteuses d’une part de magie, elles sont aussi spectatrices des œuvres peintes.
Le tableau Vessel qui se trouve au fond, est construit autour d’un cercle central, un tourbillon mêlant différentes textures qui évoquent notamment la roche. Des figures couvertes de plumes, oiseaux ou hommes oiseaux se retrouvent en différents endroits. Ali Banisadr par sa façon tour à tour de brouiller l’image ou de la faire surgir du mouvement, qui est chez lui premier, confère au processus pictural un caractère épique. Talisman, qui donne son titre à l’exposition, est quant à lui organisé autour du pendu du tarot et dominé par un index plutôt menaçant que bienveillant. Dans cette composition traversée d’éclairs, c’est la fonction même du talisman qui se trouve interrogée. Avec elle, c’est aussi la capacité de la peinture à conjoindre des forces et des sentiments contradictoires qui s’affirme avec éclat.
Du 5 septembre au 10 octobre 2026, Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Ladji Diaby : Godspeed You Black Emperor » à la Galerie Crèvecœur, Paris. Photo Martin Argyroglo. Courtesy de l’artiste et Galerie Crèvecœur
Ladji Diaby : Godspeed You Black Emperor
Révélé il y a quelques mois à Lafayette Anticipations avec « Who’s gonna save the world », Ladji Diaby poursuit sur sa lancée avec « Godspeed you Black Emperor ». Son appropriation d’objets trouvés mêle un authentique intérêt pour les histoires, dont ceux-ci sont porteurs, à une volonté de les réinventer, de les charger d’une énergie poétique, voire spirituelle. Ce travail trouve, dit-il, son origine dans la pratique qu’avait sa mère de personnaliser divers meubles ou objets trouvés.
Dans la galerie, Ladji Diaby a répandu ses objets arrangés, invitant le spectateur à différentes stations devant ce qu’il nomme lui-même des autels, ou devant des arrangements teintés de magie, comme ce seau en inox suspendu, chargé de citrons marqués par des punaises colorées ou de faux diamants. À côté de ce purificateur d’atmosphère se trouve la statuette assez abîmée d’un pasteur noir levant les bras au ciel. Celle-ci est juchée sur une vitrine à l’intérieur de laquelle sont pendus deux serpents crachant un sang noirâtre. Toute proche d’elle se trouve une sculpture d’apparence maléfique. Pareille à un totem, c’est une longue tige d’acier qui porte un masque de chien noir fixé sur un casque de soudeur et pourvu de cornes. Cette zone de l’exposition semble la plus chargée en ondes diverses, mais la gaieté l’emporte largement sur la morale.
Parmi les nombreux autels dans l’exposition, il en est un particulièrement loquace. Sur une commode couverte d’une housse satinée est posée une armoire de salle de bains surmontée d’un tigre ailé en peluche. Les portes en miroir affichent les mains en prière de Dürer, le visage de Karl Marx et, entre eux, un jeune homme noir vêtu d’un costume de squelette. Uniformément blanc, cet autel qui joue allègrement avec les symboles, distille une douce mélancolie.
Du 11 septembre au 28 novembre 2026, Galerie Crèvecœur, 9 rue des Cascades, 75020 Paris

Vue de l’exposition « Connor Marie Stankard & Winnie Mo Rielly : Mais où est l’âme ? » à la Galerie Hussenot, Paris. Photo Aurélien Mole. Courtesy des artistes et Galerie Hussenot.
Connor Marie Stankard & Winnie Mo Rielly : Mais où est l’âme ?
Le texte de présentation de l’exposition de Connor Marie Stankard et Winnie Mo Rielly laisse entendre que celle-ci est un véritable projet commun.
Les visages, figures ou fragments de figures que Stankard expose aujourd’hui sont peints d’imagination et exécutés d’une manière vive et sans repentir. Silhouettes longilignes, visages sans couleurs d’adolescentes ou de jeunes femmes à demi absentes à la vie. Les déformations peuvent être troublantes, comme dans Spoils où le bras d’une gamine s’étire démesurément vers un adulte dont on ne voit que les jambes. Non moins troublant est Full, qui montre la moitié d’un ventre de femme enceinte enserré par deux maigres bras et mains, et rend sensible un mal-être.
Winnie Mo Rielly expose aux murs des sculptures-relief de deux types. Certaines sont des photographies de son corps en mouvement qu’elle a tendues sur une structure-châssis, d’autres sont des fripes ou des pans de tissus également tendues sur châssis. Ces formes ressemblent à des bustes déformés ou aux pièces d’un puzzle en volume. L’empreinte des corps se greffe à l’architecture, le souvenir de leur passage continue d’occuper la pièce.
Au milieu de la galerie, symbole de la rencontre, sont disposés face à face deux canapés en cuir usagés, le modèle à deux places et celui à trois. Au dos du deuxième est accrochée une bizarre photo. On croit y voir le reflet dans un miroir de deux ronds de chair, deux genoux vus à travers un pantalon de cuir troué, et qui nous regardent (Nees with a view).
Du 17 septembre au 15 octobre 2026, Galerie Hussenot, 5 bis rue des Haudriettes, 75003 Paris




