Le monde de l’art perd une figure singulière avec la disparition le 12 juin 2026 d’Alain Blondel, galeriste, historien de l’art et découvreur passionné, dont le regard a contribué à réhabiliter des pans entiers de la création artistique du XXe siècle. Aux côtés de son épouse Michèle, avec laquelle il formait un tandem indissociable, il a consacré sa vie à défendre des artistes méconnus ou injustement délaissés, souvent bien avant que le marché et les institutions ne reconnaissent leur importance, comme l’a souligné le marchand Jean-Marie Oger, qui a longtemps travaillé à ses côtés.
Alain Blondel se passionne dès ses études d’architecture à l’École des beaux-arts de Paris pour l’œuvre alors largement oubliée d’Hector Guimard. En 1964, il lui consacre, avec Yves Plantin, le court-métrage Hectorologie, récompensé l’année suivante par un Lion d’or à la Mostra de Venise. Cette expertise le conduit à participer, en 1970, à la première grande rétrospective consacrée à Guimard au Museum of Modern Art de New York, avant sa présentation à Paris.
En 1966, Alain et Michèle Blondel fondent la galerie des Quatre-Vents, devenue deux ans plus tard la galerie du Luxembourg. À une époque où l’Art nouveau et l’Art déco sont encore peu considérés, ils organisent des expositions pionnières consacrées à Tamara de Lempicka, Georges Lepape, Rupert Carabin ou Bernard Boutet de Monvel, mais aussi les préraphaélites. Ses clients furent célèbres, de Karl Lagerfeld à Hélène Rochas…
Installée à partir de 1971 dans un vaste espace proche de Beaubourg, la galerie devient l’un des principaux foyers de redécouverte de l’Art déco en France. Les expositions s’y succèdent, accompagnées de catalogues devenus des références. Celle consacrée à Tamara de Lempicka en 1972 constitue une étape décisive dans la reconnaissance internationale de l’artiste. Nombre des œuvres défendues par Alain Blondel rejoindront par la suite les collections du musée d’Orsay ou du Centre Pompidou.
À partir de 1977, sous l’enseigne Galerie Alain Blondel, le couple poursuit son travail de recherche tout en soutenant des artistes contemporains figuratifs à contre-courant des tendances dominantes de l’époque. Michael Bastow, Sergio Ceccotti, Jürg Kreienbühl, Alessandro Papetti ou encore Francine Van Hove comptent parmi les créateurs qu’il accompagne avec fidélité durant plusieurs décennies.
Auteur en 1999 du catalogue raisonné de Tamara de Lempicka, Alain Blondel demeurait également une référence scientifique sur l’œuvre de la peintre. Même après la fermeture de sa galerie en 2014, il poursuivait ses recherches avec la même exigence, consacrant ses dernières années à reconstituer la vie et l’œuvre du peintre animalier Alfred Émile Méry. Avec son frère Georges, il s’était aussi lancé, dès les années 1990, dans la conception de logiciels pour le monde de l’art, en particulier pour les catalogues raisonnés.




