Dimanche 12 avril 2026, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a été balayé du pouvoir par la victoire écrasante du parti Tisza de Péter Magyar. Le résultat de cette élection législative, considérée par certains observateurs comme la plus importante d’Europe en 2026, a déclenché des scènes de liesse dans les rues de Budapest, la capitale hongroise, ainsi qu’un soulagement chez de nombreux dirigeants centristes et de gauche à travers l’Europe.
Au cours de ses seize années au pouvoir, Viktor Orbán s’est imposé comme l’une des figures les plus polarisantes d’Europe, attirant les éloges de l’extrême droite américaine et européenne pour sa version autoproclamée de la « démocratie illibérale ». À Bruxelles, en revanche, les instances de l’Union européenne le voyaient comme un ennemi intérieur, hostile à l’État de droit et ayant favorisé une corruption généralisée.
S’il est encore trop tôt mesurer l’impact que le nouveau gouvernement hongrois aura sur le monde de l’art, Margit Valkó, fondatrice de la galerie Kisterem à Budapest, résume le sentiment de nombreux représentants les plus progressistes de la scène artistique hongroise lorsqu’elle déclare : « C’est certain, nous appartenons à la partie extrêmement heureuse de la foule. »
« Je ressens un immense soulagement, en voyant que les choses pourraient redevenir normales et ne plus être gouvernées par le mensonge et le mauvais goût, confie l’artiste János Sugár. Beaucoup de gens doivent éprouver la même chose. C’était très émouvant de voir la foule dans les rues se prendre dans les bras, pleurer de joie, déboucher du champagne et faire la fête, et pas seulement à Budapest. »
Viktor Orbán a cofondé le Fidesz à la fin des années 1980. Sa ligne politique, à l’image de celle de son parti, a évolué de débuts plus libéraux et anticommunistes vers un recentrage assumé vers le nationalisme et le conservatisme social, érigé en défense de la « civilisation chrétienne ».
S’il a conservé une solide assise électorale lors des quatre scrutins précédents, ses détracteurs voyaient en lui un populiste autoritaire, qui a porté atteinte à l’indépendance des principales institutions et bafoué les droits des personnes LGBTQ+. La très controversée loi de 2021 sur la « protection de l’enfance » a notamment restreint les rassemblements publics considérés comme promouvant des thématiques LGBTQ+, y compris les marches des fiertés, et a servi en 2023 de fondement au limogeage du directeur du Musée national hongrois.
« En un mot, la politique culturelle d’Orbán était anti-contemporaine ; profondément inculte, elle combattait tout ce qui lui semblait porteur d’une charge critique », note János Sugár.
Péter Magyar est un homme politique de centre droit et un ancien membre du Fidesz, ce qui conduit certains analystes à tempérer les espoirs de changements rapides dans la société hongroise. Le nouveau dirigeant a toutefois déjà annoncé son intention de suspendre les médias d’État hongrois, remaniés de manière controversée par le gouvernement Fidesz pour devenir ce que Magyar a qualifié d’« usine à mensonges ».
Pour Valkó, l’une des questions essentielles est désormais de savoir ce qu’il adviendra de l’Académie hongroise des arts, qu’elle décrit comme « fortement marquée idéologiquement » : une institution dotée par le Fidesz de financements considérables et perçue comme l’un des instruments du programme conservateur du gouvernement.
Plus largement, les acteurs de la scène artistique espèrent voir les institutions regagner en autonomie. « Nous espérons vivement l’ouverture d’un dialogue avec la société civile, la reconstruction du système institutionnel de la culture, ainsi que le renforcement des capacités et de la résilience de la scène culturelle indépendante et critique », affirme Attila Pőcze, de la Vintage Galéria à Budapest.
Faisant écho à ces attentes, János Sugár ajoute : « J’espère que les petites comme les grandes institutions retrouveront leur autonomie, que les relations internationales pourront être reconstruites et, en deux mots, j’attends un peu de vitalité et d’animation. »



