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Coiffe d’une Bretonne, bras coupés et libération des corps

Patrick Javault
17 avril 2026
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Vue de l’exposition « Daniel Spoerri : Les Choses de la vie » à la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Courtesy Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Photo Aurélien Mole

Vue de l’exposition « Daniel Spoerri : Les Choses de la vie » à la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Courtesy Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois. Photo Aurélien Mole

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Daniel Spoerri : Les Choses de la vie

Avant d’être tournée vers la vie ou vers la mort (chacun a là-dessus son idée), l’œuvre de Daniel Spoerri apparaît avant tout comme un travail de mémoire qui convoque de nombreuses figures d’amis et d’anonymes. Cette rétrospective, qui s’étend des premiers Tableaux-pièges jusqu’aux Trésors des Pauvres, ces tapisseries augmentées, en passant par les Détrompe-l’œil, ces tableaux fonctionnels, dresse un portrait émouvant de cet artiste généreux marqué par une inguérissable blessure d’enfance. Avec Parc de Bébé (ou Parc à bébé) de 1961, Daniel Spoerri réalise un chef-d’œuvre. Ce faux Tableau-piège rassemble sur une couverture marquée d’une tache éloquente, jouets, doudou, moufle. Cette œuvre composée est la parodie d’une œuvre de jeunesse et un questionnement sur sa propre démarche. Les barreaux du parc qui sert de cadre à la composition font se rejoindre le piège de la vie et celui de l’art.

Dans la façon dont Spoerri charge d’objets des peintures trouvées dans les brocantes, on voit moins la volonté de s’approprier le travail des autres et d’ironiser, que celle d’en élargir la signification ou d’en révéler le sens sous-jacent. Ce dialogue avec les peintres anonymes est plus fécond que celui qu’il pourrait feindre d’avoir avec les maîtres. Et quand il enrichit la coiffe d’une Bretonne peinte par Max Jacob d’un panier à salade, difficile de ne pas y reconnaître un hommage tendrement irrespectueux. La proximité de Das Letzte Hemd hat keine Tasche (1988), avec le parc déjà évoqué, fait à celui-ci un contrepoint philosophique. Sur une tapisserie acrylique représentant la baie de Sydney avec des kangourous et leurs petits, l’artiste a collé différents sacs ou gibecières d’où s’échappent animaux et objets dont une trompe d’éléphant dressée qui entre dans la danse. Le titre vient de la sagesse populaire allemande : la dernière chemise n’a pas de poche.

Du 30 mars au 16 mai 2026, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 33 & 36 rue de Seine, 75006 Paris

Vue de l’exposition « Sinzo Aanza : Une archéologie de la nuit » chez Imane Farès. Courtesy de l’artiste et Imane Farès. Photo Tadzio

Sinzo Aanza : Une archéologie de la nuit

« Une archéologie de la nuit » est la transposition dans l’espace de la galerie de deux projets récents de Sinzo Aanza, artiste et écrivain. Le premier a été conçu pour le PinchukArtCentre à Kyiv, dans le cadre du « Future Generation Project » ; le second l’a été pour une intervention dans l’espace public durant la Biennale de Ljiublana. À Kyiv, Aanza présentait une très longue tapisserie couvrant un mur et une partie du sol, faite de pièces de tissu colorées cousues sur un rouleau de raphia et de phrases d’un poème en liberté. À Paris, la tapisserie a été pliée et partiellement enroulée, évoquant le rideau de scène et le cyclorama. La Carte du Ciel de Mbwila au 29 octobre 1665, titre de l’œuvre, se réfère à la bataille qui vit les armées royales portugaises triompher de celles du roi Kongo. Croisant les données astrologiques avec des éléments d’une cosmologie personnelle, symboles du pouvoir, autour d’une créature mi-esprit, mi-animal, brandissant un olifant, c’est une œuvre poème qui honore les figures oubliées dans la comptabilité des guerres. Comme à Kyiv, des sculptures de la série Kalysya les mille visages accompagnent la tapisserie. Ce sont des déesses qui portent, en guise de tête, un signe-symbole de la mythologie du Congo. Elles sont couvertes d’une couche de coltan (ce minerai présent dans de multiples équipements numériques) et pourvues de queues en fibre de bananier.

Pour la Biennale de Ljubljana, Sanzo Aanza avait réalisé un parcours d’affiches tout au long d’une allée. Elles montraient des têtes, des bras coupés ou des corps peints de couleurs vives sur fond noir, dans des vases ou des corbeilles, telles des fleurs ou des fruits. Ces images faisaient référence à la pratique coloniale consistant à importer des têtes africaines à des fins d’étude. Ce sont les dessins originaux de ces affiches qui sont exposés à Paris.

Du 11 avril au 6 juin 2026, Imane Farès, 41 rue Mazarine, 75006 Paris

Vue de l’exposition « Sojourner Truth Parsons : Sooner or later you will call my name » chez Esther Schipper, Paris. Courtesy the artist and Esther Schipper, Berlin/Paris/Seoul. Photo © Andrea Rossetti

Sojourner Truth Parsons : Sooner or later you will call my name

Sojourner Truth Parsons place l’origine de son travail dans la pratique du collage et considère ses premiers tableaux comme l’équivalent de collages réalisés avec les seuls moyens de la peinture acrylique. Bien qu’inspirés en grande partie par le paysage urbain de Manhattan, les tableaux de « Sooner or later you will call my name » (vers repris d’un poème de Louise Glück) se rattachent à l’abstraction. À côté de deux tableaux strictement géométriques – un rectangle rose décentré sur un fond vert clair (Before Spring) ou un rectangle lavande sur un vert d’une autre nuance (Lotus I) –, deux autres directement liés entrouvrent une fenêtre sur la réalité. The Night after she died montre un rectangle vertical violet posé sur un violet foncé, tandis qu’apparaît en haut un cercle lunaire. The Day after she died est une composition comparable, peinte avec les mêmes couleurs mais le cercle est plus clair. Dans une œuvre plus complexe, telle que New York alone I, la superposition de plans de couleurs, la délicatesse des tons, arrangements de bleu, de rose, de noir, de rouge, d’orangé, de vert avec un cercle rouge délavé, évoque autant un paysage urbain que la suspension de tentures. Parsons parvient à une fusion de différents niveaux de conscience et de perception. Enfin, Broken Heart II place au centre d’un véritable tressage de plans colorés avec des effets de transparence, mais aussi des gestes énergiques, une composition de tulipes sur un fond noir, véritable tableau dans le tableau. L’abstraction telle que la conçoit Sojourner Truth Parsons est ouverte, traversée par le sentiment, l’observation ou la réminiscence.

Du 9 avril au 30 mai 2026, Esther Schipper, 16 place Vendôme, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Key Hiraga : Works 1966-1971 » à la Galerie Loevenbruck. Courtesy Galerie Loevenbruck. Photo Fabrice Gousset

Key Hiraga : Works 1966-1971

Key Hiraga (1936-2000) a commencé à peindre sous l’influence du premier Dubuffet, dessinant et grattant des figures caricaturales sur un fond de peinture blanche. Au début des années 1960, il entame une série de tableaux divisés en fenêtres qui lui permettent de peindre différentes scènes selon une logique associative qui lui est propre. Ces Windowstrouvent leur inspiration dans les architectures de verre du nouveau Tokyo, qui élargissent le spectacle de ville, et dans les cases des mangas. Invité à Paris pour une résidence en 1965, Hiraga y résidera jusqu’en 1977. Au cours de ces années parisiennes, celles couvertes par l’exposition, son art connaît une véritable métamorphose. Fidèle à une représentation plate des figures comme des espaces, avec parfois des suggestions de volume, il y ajoute des couleurs pop et emprunte aux codes graphiques de l’art psychédélique : arabesques et pois. L’art du tatouage que Key Hiraga a pratiqué dans sa jeunesse joue aussi un rôle. Les scènes qu’il dépeint sont des accouplements ou des branchements sexuels entre individus divisés, démultipliés, penchant tantôt vers l’animal tantôt vers la mécanique. Dans cette débauche générale évolue en particulier Monsieur H, double de l’artiste. Sans frein mais avec un raffinement extrême, Key Hiraga livre un étonnant témoignage d’époque sur le choc des cultures et la libération des corps et des esprits.

Du 27 mars au 9 mai 2026, Galerie Loevenbruck, 12 rue Jacques Callot, 75006 Paris

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