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Critique

Romain Bernini, artiste alchimique

En invitant le peintre à exposer entre ses murs, à Paris, la Fondation Henri-Cartier-Bresson renoue avec une de ses missions initiales : présenter non seulement la photographie, mais aussi l’ensemble des arts plastiques.

Camille Viéville
13 avril 2026
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Romain Bernini, See Through, 2025, huile sur toile. © Romain Bernini

Romain Bernini, See Through, 2025, huile sur toile. © Romain Bernini


À la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, Romain Bernini (né en 1979) s’est inspiré de Giphantie de Charles-François Tiphaigne de La Roche, sorte de roman d’anticipation paru en 1760 et qui donne son titre à l’exposition. L’écrivain, déployant un univers visionnaire peuplé d’esprits élémentaires et traversé de flux d’information, imagine, avec plusieurs décennies, voire plusieurs siècles d’avance, des technologies analogues à certaines inventions majeures de l’ère moderne, de la photographie à la radio en passant par la transmission dématérialisée des images.

Autant d’images hallucinées qui esquissent une réflexion sur l’incertitude de la destinée humaine et la beauté du monde.

« LE SPECTACLE ENCHANTEUR DE LA NATURE »

Romain Bernini poursuit avec ce projet des recherches entamées depuis une vingtaine d’années sur les thèmes de l’utopie et des mythologies. Le public de la fondation est accueilli par une photographie d’Henri Cartier-Bresson (Bruxelles, 1932) : des hommes, derrière une toile de tissu, épient une scène située hors champ. Ce cliché, qui semble nous enjoindre à ouvrir grand les yeux, précède une suite de sept aquarelles de Romain Bernini – figures évanescentes dans des environnements liquides –, accrochées sur un mur peint dans les mêmes tons aqueux, comme si les œuvres étaient sorties de leur cadre. Cette première salle présente également deux huiles sur toile, Larsen – une page du livre de Charles-François Tiphaigne, agrandie et maculée de couleurs acidulées – et surtout See Through (2025) – un autoportrait ? –, hommage au fameux Voyageur contemplant une mer de nuages (1818) de Caspar David Friedrich.

Or, de l’exposition, au parcours structuré par sept extraits de Giphantie, transparaît précisément un certain romantisme. Romain Bernini peint, dans des sfumatos pop ou des espaces célestes, des figures d’hommes jeunes, en tee-shirt et baskets (Solar Ghost, 2025). Ces personnages prennent part, dans des attitudes introspectives, à des rites mystérieux (Discovery, 2021). Au naturalisme des formes répond une palette résolument artificielle constituée de tons rose bonbon, bleu électrique ou vert fluo. Romain Bernini peint aussi des paysages désertiques (Planet, 2025) et des arbres colossaux (Him VII, Him VIII et Him IX, 2022-2025) à la manière d’une Georgia O’Keeffe sous LSD.

Autant d’images hallucinées qui esquissent une réflexion sur l’incertitude de la destinée humaine et la beauté du monde : « Le bien et le mal se tiennent, se suivent et se terminent l’un par l’autre, écrit Charles-François Tiphaigne à la fin de Giphantie. C’est ainsi que se succèdent l’éclat du jour et les ténèbres de la nuit, les glaces des hivers et les fleurs du printemps, les caresses des zéphyrs et les fougues des tempêtes. Cependant, de cet enchaînement bizarre se forme le spectacle enchanteur de la nature. » Du point de vue pictural, les œuvres de Romain Bernini traduisent un intérêt pour la tension – entre le motif et l’arrière-plan, entre l’opacité et la transparence, entre le net et le vaporeux. Elles composent enfin une méditation sur l’essence de la peinture figurative et sa capacité presque alchimique à actualiser des espaces lointains.

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«Romain Bernini. Voyages à Giphantie», 28 janvier-3 mai 2026, Fondation Henri Cartier-Bresson, 79, rue des Archives, 75003 Paris

ExpositionsHenri Cartier-BressonArt ContemporainRomain BerniniAquarelle
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