Le Museo de Arte Moderno de Bogotá (Mambo) a annoncé de manière soudaine le remplacement de son directeur artistique, Eugenio Viola, en poste depuis plus de sept ans. Un porte-parole du musée colombien a confirmé que la procédure de recrutement de son successeur était déjà engagée. L’institution a d’abord communiqué la nouvelle sur ses réseaux sociaux, précisant que cette décision s’inscrivait dans le cadre d’un « examen global ».
« Le conseil d’administration a mis fin à mon contrat de façon anticipée, et ce pour des raisons qui ne tiennent ni à mes compétences artistiques ni à mes qualités de direction, a déclaré Eugenio Viola dans un communiqué transmis à The Art Newspaper. Mon départ fait suite à ma décision, en septembre 2025, d’alerter le conseil sur la dégradation progressive des conditions de travail – des préoccupations partagées par plusieurs membres de l’équipe. Plutôt que d’engager un audit interne, le conseil a choisi d’ignorer ces alertes et de mettre un terme à mon contrat. »
Eugenio Viola indique que la décision a été rendue publique vendredi 6 février sur les réseaux sociaux du musée, les commentaires étant désactivés, empêchant ainsi toute discussion publique. « De telles pratiques ne correspondent pas aux principes de transparence, de respect des procédures et de dialogue ouvert que toute institution culturelle devrait défendre, déclare le directeur. Je quitte mes fonctions l’intégrité intacte, ayant agi de bonne foi, soutenu mon équipe et veillé en permanence au respect des standards éthiques. »
Dans son communiqué officiel annonçant l’éviction d’Eugenio Viola le 6 février, le musée affirmait que « dans le cadre de l’examen global et continu des différents aspects qui composent notre institution, et toujours dans le souci de garantir les meilleures pratiques en son sein, le conseil d’administration du Museo de Arte Moderno de Bogotá a décidé de mettre fin à sa relation avec M. Eugenio Viola, qui restera parmi nous jusqu’en mai 2026 ». Le texte remerciait Eugenio Viola pour sa contribution au « renforcement du musée en tant qu’institution latino-américaine de référence pour l’art contemporain » et précisait que la recherche d’un nouveau directeur artistique avait d’ores et déjà été lancée, un processus mis en place avec un comité d’experts. « Les résultats de ce processus seront communiqués en temps voulu », concluait le communiqué.
Fondé en 1953, le Mambo compte parmi les principales institutions culturelles de Colombie et joue depuis des décennies un rôle déterminant dans la diffusion et la reconnaissance de l’art moderne et contemporain, tant à l’échelle nationale que régionale.
Le départ d’Eugenio Viola intervient dans un contexte de transition interne. Ces dernières années, le musée a traversé plusieurs changements de gouvernance et engagé une restructuration administrative visant à renforcer son modèle de gestion et à assurer sa pérennité financière, dans un environnement marqué par des contraintes structurelles similaires à celles auxquelles sont confrontées de nombreuses institutions culturelles privées en Amérique latine.
Depuis sa nomination à la direction artistique du Mambo en 2019, Eugenio Viola a organisé plus de 50 expositions, dont beaucoup ont rencontré un large écho sur les scènes nationale et internationale. Sa programmation a notamment mis à l’honneur l’artiste chilienne Voluspa Jarpa, la plasticienne conceptuelle mexicaine Teresa Margolles, l’artiste guatémaltèque pluridisciplinaire Naufus Ramírez-Figueroa et le Chilien Seba Calfuqueo. Elle a également présenté la première exposition consacrée en trente ans sur place à Óscar Muñoz, figure majeure de l’art contemporain colombien.
Avant de rejoindre Bogotá, Viola a occupé le poste de senior curator au Perth Institute of Contemporary Arts, en Australie, et avait précédemment exercé plusieurs fonctions curatoriales au Museo d’Arte Contemporanea Donnaregina (Madre), à Naples. Il a assuré le commissariat du Pavillon italien à la Biennale de Venise en 2022 ainsi que celui de la 24e Bienal de Arte Paiz au Guatemala (jusqu’au 15 février 2026). Il a notamment écrit sur Hermann Nitsch (Éditions Morra, Naples, 2013), Marina Abramović (Sole 24 Ore Cultura, Milan, 2012) et ORLAN (Charta, Milan-New York, 2007).
S’il n’a pas précisé la nature de ses prochains projets, Eugenio Viola a confirmé qu’il regagnerait Naples, sa ville natale, après dix années passées à vivre et à travailler à l’étranger. Il a ajouté qu’il honorerait l’ensemble de ses engagements curatoriaux internationaux déjà programmés.




