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Sous la Coupole, le temps du changement

Philippe Régnier
9 février 2026
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Valérie Belin prononçant son discours sous la coupole, le 4 février 2026. Photo Philippe Régnier

Valérie Belin prononçant son discours sous la coupole, le 4 février 2026. Photo Philippe Régnier

L'éditorial de la semaine

La semaine de l'art vue par le directeur de la rédaction de The Art Newspaper France.

Crée en 1816, l’Académie des Beaux-Arts, lointaine héritière de l’Académie royale de peinture et de sculpture fondée en 1648, conserve un côté « gardienne du temple » avec son strict protocole et les honneurs rendus par la Garde républicaine. La vénérable institution continue de poursuivre de nobles missions, comme le soutien à la création, en distribuant de nombreux prix, des aides à des projets ou à des associations, mais aussi en finançant des résidences d’artistes, comme la Villa Dufraine à Chars, dans le Val-d’Oise. Grâce aux libéralités qu’elle a reçues et à ses placements confortables – estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros –, elle distribue chaque année environ 600 000 euros aux artistes. Elle administre aussi directement ou par délégation de nombreux lieux culturels qu’elle a reçus en legs, notamment la maison et les jardins de Claude Monet à Giverny, le musée Marmottan Monet à Paris, la Villa et les jardins Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat, la maison-atelier Lurçat, l’appartement d’Auguste Perret et la Galerie Vivienne, tous trois à Paris. Elle est aussi une instance consultative pour les pouvoirs publics.

C’est dire son rôle dans le domaine de l’art. Pourtant, pendant longtemps, ses membres, en particulier des sections de Peinture et de Sculpture, étaient loin d’être les artistes les plus en vue dans les salles du Centre Pompidou ou du musée d’Art moderne de Paris. Mais depuis une dizaine d’années, à petits pas, et avec le soutien du secrétaire perpétuel, Laurent Petitgirard, le profil des nouveaux membres a considérablement changé. Le premier signe a été l’élection de Jean-Marc Bustamante, à l’époque directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, dans la section de Peinture en 2016. Suivront Gérard Garouste (2017), Fabrice Hyber (2018), Hervé Di Rosa (2022), Tania Mouraud (2024) et Nina Childress (2024). Un nouveau peintre sera d’ailleurs choisi ce mercredi 11 février. En Sculpture, ont rejoint l’Académie Jean-Michel Othoniel (2018), Anne Poirier (2021), Ernest Pignon-Ernest (2021) et Eva Jospin (2024). La dessinatrice de bande dessinée Catherine Meurisse a été élue en 2020 dans la section de gravure et dessin, avant Françoise Pétrovitch en 2024. Créée en 2005, la section de photographie a accueilli Dominique Issermann (2021), Françoise Huguier (2023) et enfin Valérie Belin (2024), dans un fauteuil nouvellement créé, renforçant encore la féminisation de l’illustre institution. Dans son nouvel habit, cette dernière a été installée dans le Fauteuil VI le 4 février 2026. Après les propos de Nina Childress et avant de recevoir son épée réalisée par Cartier, Valérie Belin a consacré son discours sous la Coupole à Eugène Atget, qu’elle avait librement choisi, faute de prédécesseur à célébrer. « Si je rends hommage à Atget, c’est avant tout en raison de l’intérêt que son œuvre présente car, il faut bien admettre qu’à force d’obstination, Atget a finalement réussi à constituer ce qu’on appelle communément "une œuvre", a ainsi déclaré la nouvelle académicienne. Une œuvre importante en raison de sa qualité "artistique et documentaire", comme il le disait lui-même – mais aussi en raison de sa qualité "plastique", aujourd’hui encore influente pour tout photographe ». Eugène Atget ne fut jamais académicien, son travail n’étant pas considéré à son époque comme relevant de l’art. Par ses mots, Valérie Belin a aussi subtilement souligné le chemin récemment parcouru par l'institution du Quai de Conti.

EditorialAcadémie des beaux-artsLaurent PetitgirardValérie BelinJean-Marc BustamanteJean-Michel OthonielNina ChildressFrançoise PétrovitchFabrice HyberGérard GarousteTania Mouraud
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