Né le 14 juin 1927 dans le 6e arrondissement de Paris, André Jammes y est décédé le 15 janvier, à l’âge de 98 ans. Avec lui, la photographie perd l’un de ses plus discrets ambassadeurs, à la fois marchand, historien de la photographie et collectionneur d’exception. Son père, Paul Jammes, avait fondé en 1925 la librairie de livres anciens du même nom, au 3 rue Gozlin, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Avec son frère Pierre, André Jammes en prend la succession et en fait un passage obligé pour les passionnés d’incunables mais aussi de photographie ancienne, bien avant que celle-ci ne devienne à la mode, et soit cotée sur le marché. Quatre générations s’y sont succédé, jusqu’à Isabelle Jammes, qui la dirige aujourd’hui. « Librairie d’érudition » à l’origine, l’adresse « a toujours porté une attention particulière à l’histoire du livre, l’imprimerie, la typographie, l’image, les arts et techniques graphiques », rappelle son site Internet. À l’occasion de ses 50 ans en 1975, elle a publié un reportage d’André Kertész sur la « vieille librairie », réalisé en 1963.
Dès les années 1950, André Jammes commence à collecter des photographies anciennes, à une époque où elles suscitent encore peu d’intérêt chez les collectionneurs. On lui doit aussi d’avoir organisé la première vente aux enchères spécialisée en photographies en Europe, à la librairie Nicolas Rauch, à Genève, le 13 juin 1961.
La vente aux enchères de la collection constituée durant plusieurs décennies avec Marie-Thérèse Jammes, son épouse, chez Sotheby’s, lors de quatre vacations entre 1999 et 2008, a été qualifiée de « vente du siècle ». Le 27 octobre 1999, à Londres, les 287 premiers lots totalisèrent 11,5 millions d’euros, du jamais vu. Parmi les noms que s’arrachent les collectionneurs : Nadar, Gustave Le Gray, Constantin Brancusi, Alfred Stieglitz… Un montant encore supérieur, 11, 8 millions d’euros, est atteint lors de deux autres ventes de la collection à Paris, les 21 et 22 mars 2002. De nombreux lots sont préemptés par l’État. En 2008, des daguerréotypes rares et la matrice originale du célèbre portrait de Charles Baudelaire par Étienne Carjat figurent parmi les trésors accumulés au fil des ans par ce collectionneur à l’œil averti, qui avait pressenti que ces images seraient un jour considérées comme de véritables œuvres d’art, à l’égal de la peinture ou de la sculpture.
Traducteur de L’Histoire de la photographie de Beaumont Newhall en 1967, auteur d’ouvrages de référence sur Charles Nègre et Nadar, mais aussi sur les ex-libris, la typographie ou l’estampes, André Jammes a participé à la fondation du musée de l’Imprimerie à Lyon en 1964, aux côtés de l’imprimeur et éditeur Maurice Audin et l’historien du livre Henri-Jean Martin.
Les Éditions courtes et longues rendent hommage sur leur compte Instagram à « l’immense marchand de photographies anciennes », rappelant que « dans ses mémoires (L’Image à venir, mémoires d’un collectionneur), Pierre Apraxine, qui constitua une collection de photographies anciennes encore considérée comme la plus belle et la plus grande en mains privées, dit de Jammes : “C'était à lui que je rendais d'abord visite lors de mes voyages à Paris comme on rend hommage au roi. [...] Quand nous achetions auprès de marchands, les prix n'étaient pas divulgués mais le simple fait d'être clients d'un André Jammes nous garantissait le respect des collectionneurs.” »




