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Critique

Le vrai du faux

Dans une nouvelle édition de « Faussaires illustres », Harry Bellet poursuit son enquête sur les scandales de faux dans le monde de l’art. Apparences trompeuses, plaisir authentique.

Stéphane Renault
2 juillet 2025
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Harry Bellet, Faussaires illustres, Paris, Actes Sud, 2025.

Harry Bellet, Faussaires illustres, Paris, Actes Sud, 2025.

Tout l’art du faux ? Créer des œuvres plus vraies que nature. Dans cette « édition amplement revue et grandement augmentée », Harry Bellet, journaliste au service culture du Monde, reprend treize scandales célèbres. Cinq affaires récentes complètent les histoires déjà présentes dans le volume publié en 2018.

« [Parmi] les œuvres du Metropolitan Museum of Art [Met], à New York, [40 %] sont des faux, déclara en 1997 son ancien directeur, Thomas Hoving. Ce sont soit des faux, soit [des œuvres] tellement restaurées ou si mal attribuées que ça revient au même », est-il rappelé d’entrée de jeu dans le premier chapitre. « Après enquête, on se demande si Thomas Hoving n’est pas en deçà de la vérité », poursuit l’auteur, relayant une boutade fameuse dans le milieu de l’art : « Camille Corot a peint 3000 tableaux, dont 5000 sont aux États-Unis ! »

Au fil des pages de cet opus, toujours aussi bien informé, et où l’humour n’enlève rien à la rigueur du propos, les faux Johannes Vermeer de Han van Meegeren – dont l’un fut acheté par Hermann Göring, grand amateur de l’artiste hollandais – côtoient les dizaines de toiles de Max Ernst, André Derain, Fernand Léger et bien d’autres, écoulées sur le marché de l’art par Wolfgang Beltracchi à partir du milieu des années 1990. Emprisonné en 2010, le « faussaire du siècle » n’a été poursuivi par la justice allemande que pour quatorze tableaux, « vendus pour la coquette somme de 34,1 millions d’euros ». Ses peintures, exposées dans de prestigieux musées, ont trompé les meilleurs experts.

Une enquête romanesque

Le faussaire a l’esprit joueur – un jeu risqué, mais qui peut rapporter gros. Le Britannique Eric Hebborn, imitateur de génie de dessins de maîtres anciens, expliquait ainsi : « Un bon expert peut à l’occasion se permettre une erreur, juste comme un bon chanteur peut faire une fausse note ou un bon gardien de but rater une balle, tout cela sans encourir la damnation éternelle. »

« Comment détecter un faux ? » s’interroge l’auteur. Verdict : « C’est très simple, la plupart du temps, on ne peut pas. » Et de citer Thomas Rousseau, directeur du département des peintures européennes au Met, lors d’un colloque en 1967 : « Nous devons tous réaliser que nous pouvons seulement parler des mauvais faux tableaux, ceux qui ont été repérés. Les bons sont restés accrochés aux cimaises... » Fourmillant de détails et d’anecdotes, le livre égrène les tribulations de ces brillants faussaires, mus par l’appât du gain et aux parcours parfois flamboyants, qui se révèlent « le plus souvent d’excellents artisans, au fait de tous les trucs du métier ». Jusqu’au faux pas : erreurs techniques, prix de vente trop bas, apparent « déjà-vu », provenance douteuse, œuvre surgissant du néant... Certains indices mettent la puce à l’oreille, provoquant la chute des plus hardis. De Fernand Legros à Guy Ribes, d’André Mailfert et Jean Lupu à Éric Piedoie Le Tiec, autant d’histoires parfois comiques, souvent pathétiques, mais bel et bien vraies, elles !

Harry Bellet, Faussaires illustres, Paris, Actes Sud, 2025, 240 pages, 22 euros.

LivresHarry BelletHistoire de l'artFaussairesÉditions Actes Sud
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