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« Regarde de tous tes yeux, regarde ! »

Le fameux exergue de « La Vie mode d’emploi » de Georges Perec est une sorte de formule magique qui ouvre les portes entre art et littérature. Comment ne pas y penser en lisant deux livres majeurs, parus cette rentrée, l’un de Thomas Clerc, l’autre de Grégoire Bouillier ?

Martin Bethenod
28 octobre 2024
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Grégoire Bouillier, Le Syndrome de l’Orangerie, Paris, Flammarion, 2024, 432 pages, 22 euros.

Grégoire Bouillier, Le Syndrome de l’Orangerie, Paris, Flammarion, 2024, 432 pages, 22 euros.

Les deux ouvrages participent d’une littérature nourrie de culture visuelle, qu’on dit plasticienne, élargie ou augmentée, et qui constitue (comme le montre notamment le Festival Extra!*1 au Centre Pompidou, à Paris), un pan passionnant de la création vivante. À l’inverse des romans à thèse (ou à thème) encombrant l’automne de leur tristesse et de leur ennui, ces livres sont deux véritables objets littéraires. Au centre de l’un et de l’autre, par-delà leur sujet immédiat, la question de l’art, du regard que l’on porte sur lui, sur soi-même et sur le monde. Hormis ce point commun, auquel il faut ajouter l’humour, la beauté de l’écriture et une puissance addictive qui incite à la dévoration d’une traite, tout les distingue, et d’abord le dispositif narratif (ou visuel) qui leur est propre.

« Au centre de l’un et l’autre, la question de l’art, du regard que l’on porte sur lui, sur soi-même et sur le monde. »

L’UN ZOOME, L’AUTRE ZONE

Le livre de Grégoire Bouillier, Le Syndrome de l’Orangerie, est un récit obsessionnel, mêlant fiction, histoire, autobiographie et délire interprétatif autour des Nymphéas de Claude Monet. Si c’était un artiste, ce serait peut-être Sophie Calle (sens de l’humour, goût du morbide, mise en scène de soi…). Un mode narratif, l’enquête. Un dispositif, le zoom : « Il faut zoomer encore plus loin. Zoomer à mort, jusqu’à franchir la barrière macroscopique du visible. Afin d’épuiser le mystère des nymphéas. Épuiser ma propre angoisse. Ce qui revient au même », écrit-il au-dessus d’une petite photographie, comme dans les livres de W. G. Sebald. Si c’était un rythme, l’emballement. Une sensation, l’euphorie.

Thomas Clerc, Paris, musée du XXIème siècle. Le dix-huitième arrondissement, Paris, Éditions de Minuit, 2024, 615 pages, 25 euros.

Le livre de Thomas Clerc, Paris, musée du XXIe siècle. Le dix-huitième arrondissement, est un arpentage systématique des rues de cet arrondissement du nord de Paris. Un zonage, avec toutes les connotations du terme, du code de l’urbanisme aux livres de Jean Rolin. Une « pérégrination géodésique » construite à partir d’une marqueterie de fragments courts, articulés grâce à quatre-vingt-dix-neuf « bornes », intertitres renvoyant à autant de rubriques, plus ou moins récurrentes : « Air de Paris », « Apparition », « Esprit de Montmartre », « Performance »… Ce montage virtuose organise la polyphonie, la diversité des registres, la tension, la surprise. Il produit le sentiment d’un présent permanent (qui rappelle celui de l’effet bullet time de Matrix des Wachowski ou celui des films de David Claerbout). Si c’était un artiste, ce serait Édouard Levé (lequel écrivait dans Autoportrait : « Je vois de l’art là où d’autres voient des choses. »). Un dispositif narratif (ou visuel), le miroir qui se promène le long du chemin cher à Stendhal. Un rythme, celui de l’éternel retour. Une sensation, le vertige. « Une ville répète les mêmes motifs, comme une tapisserie où tout s’entrecroise, et j’espère in fine que la tapisserie sera belle », dit-il. Elle l’est absolument.

*1 Le Festival Extra!, festival de la littérature vivante, s’est tenu du 12 au 22 septembre 2024.

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Grégoire Bouillier, Le Syndrome de l’Orangerie, Paris, Flammarion, 2024, 432 pages, 22 euros.

Thomas Clerc, Paris, musée du XXIème siècle. Le dix-huitième arrondissement, Paris, Éditions de Minuit, 2024, 615 pages, 25 euros.

ChroniqueLivresLittératureThomas ClercGeorges BouillierGeorges Perec
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