Critique
Expositions

L’exposition « Artemisia » à la National Gallery, un symbole de résistance

Reportée en raison de la pandémie de coronavirus, l’exposition londonienne consacrée à Artemisia Gentileschi, qui a ouvert samedi 3 octobre, dévoile les lettres intimes récemment découvertes de l’artiste baroque.

Pour la National Gallery de Londres, l’ouverture de son exposition tant attendue consacrée à Artemisia Gentileschi alors que perdure la pandémie de Covid-19 représente un hommage à l’esprit de résistance de l’artiste. Mardi, le directeur du musée, Gabriele Finaldi, a déclaré qu’il espérait que l’exemple de cette femme qui a su surmonter les épreuves inspirera le public dans les temps difficiles que nous traversons. Pour lui, Artemisia Gentileschi, redécouverte au XXe siècle après avoir été largement oubliée pendant des siècles, était « très en phase avec notre époque ».

Artemisia Gentileschi, Autoportrait en joueur de luth (vers 1615-1618). © Wadsworth Atheneum Museum of Art

L’exposition « Artemisia », qui ouvrira samedi 3 octobre et se prolongera jusqu’au 24 janvier 2021, est la première grande exposition que la vénérable institution consacre à une artiste femme dans ses 196 ans d’histoire ! Initialement prévue pour avril, elle a dû être reportée lorsque la pandémie a frappé les îles britanniques. Ce report a conduit à de délicates négociations avec les prêteurs, mais la vie même d’Artemisia a consisté à « surmonter des situations difficiles grâce à sa volonté et à son talent… et je pense qu’il y a un élément de cela dans la façon dont nous avons travaillé sur l’exposition, a déclaré Gabriele Finaldi. J’espère que les gens viendront voir l’exposition et en sortiront avec la conviction que nous pouvons traverser cette crise du Covid-19. »

DANS UNE LETTRE, ELLE DEMANDE À SON AMANT DE NE PAS SE MASTURBER DEVANT SON TABLEAU

Artemisia Gentileschi (1593-1654 ou plus tard) est née à Rome. Elle est la fille d’Orazio Gentileschi, artiste de la cour de Charles Ier d’Angleterre. Son père l’a formée, mais jeune fille, elle a été violée par un collègue peintre et a ensuite dû subir un terrible procès, jusqu’à être torturée pour prouver qu’elle disait la vérité. Après que son agresseur a été condamné, elle a déménagé à Florence et a contracté un mariage malheureux. Cependant, Artemisia a réussi à s’imposer comme l’artiste femme la plus talentueuse de son temps, affirme la commissaire de l’exposition, Letizia Treves, tout en étant le soutien de sa famille. Elle a finalement trouvé le bonheur après d’un amant, Francesco Maria Maringhi. Leur relation épistolaire a été découverte à Florence en 2011 et leurs lettres seront exposées à la National Gallery pour la première fois hors d’Italie. « C’est une correspondance très intime, selon Letizia Treves. Dans une lettre, elle demande à Maringhi de ne pas se masturber devant son tableau. »

Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (vers 1612-13), l’une des deux versions exposées à la National Gallery. Photo : Luciano Romano. © Museo e Real Bosco di Capodimonte

Parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition figure Marie-Madeleine en extase (1620-1625), qui n’a été retrouvée qu’en 2014, et deux versions de Judith décapitant Holopherne (1612-1613 et 1613-1614). Ces œuvres et d’autres révèlent un regard féminin sur des sujets souvent peints par des artistes masculins. « Elle imagine à quoi cela ressemble vraiment elle se met dans la peau du protagoniste », analyse Letizia Treves. Artemisia a réalisé des peintures « criantes de vérité et déterminées », à l’exemple des deux femmes s’unissant pour tuer un homme puissant. Selon Letizia Treves, des œuvres de l’artiste restent certainement encore à redécouvrir.

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« Artemisia », du 3 octobre 2020 au 24 janvier 2021, National Gallery, Sainsbury Wing, Londres.