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Johannes Vermeer

« La Jeune Fille à la perle » de Vermeer dévoile de nouveaux secrets

Un examen détaillé, mené par le Mauritshuis de La Haye révèle de nouvelles découvertes sur la technique, le pinceau et les pigments utilisés par l’artiste néerlandais.

Les résultats d’un examen technique approfondi de La Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer (vers 1665) seront annoncés demain, donnant un nouvel aperçu de la façon dont l’artiste néerlandais a peint l’une des œuvres d’art les plus célèbres au monde. Mardi 28 avril, le Mauritshuis de La Haye mettra en effet en ligne une page Internet détaillant ces nouvelles découvertes, portant un éclairage nouveau sur la façon dont Vermeer a peint avec ses pinceaux, sur son utilisation des pigments et sur comment il a « construit » son tableau.

Une équipe internationale de conservateurs, de scientifiques et de chercheurs a passé deux semaines, début 2018, à étudier la peinture dans un atelier vitré spécialement construit au Mauritshuis, permettant ainsi au public de suivre l’analyse scientifique.

La Jeune Fille à la perle (vers 1665) de Vermeer analysée dans le cadre du projet « Girl in the Spotlight ». Photo : Sylvain Fleur, D.R.

Le projet de recherche, connu sous le nom anglais « The Girl in the Spotlight », a été dirigé par la conservatrice des peintures du Mauritshuis Abbie Vandivere, qui a travaillé avec des spécialistes de plusieurs autres institutions, notamment du Rijksmuseum d’Amsterdam et de l’Université de technologie de Delft. Le tableau avait précédemment été examiné pour la dernière fois en 1994 lors d’un traitement de conservation.

L’ÉQUIPE A EU RECOURS À DES TECHNIQUES D’IMAGERIE ET DE BALAYAGE NON INVASIVES

Abbie Vandivere décrit sur un blog le but et les processus de cette opération. Elle y pose les questions suivantes : « Quels matériaux Vermeer a-t-il utilisés et d’où provenaient-ils? À quelles techniques le peintre a-t-il recouru pour créer de subtils effets optiques ? À quoi ressemblait la peinture à l’origine et comment a-t-elle évolué ? » Pour ces travaux de recherche, l’équipe a eu recours à des techniques d’imagerie et de balayage non invasives, à un microscope numérique et à l’analyse d’échantillons de peinture.

Le blog dévoile une multitude de détails sur la toile, les pigments, l’huile et les autres matériaux utilisés par Vermeer pour réaliser cette œuvre. Dans une section intitulée « Regarder la peinture sèche », elle écrit : « Comment Vermeer a-t-il fabriqué la peinture utilisée dans La Jeune Fille à la perle ? Comme la plupart des artistes néerlandais du XVIIe siècle, il a utilisé de la peinture à l’huile. » Le liant choisi pour peindre l’œuvre est l’huile de lin, fabriquée à partir des graines de lin, écrit-elle. « La lente vitesse de séchage de la peinture à l’huile a permis à Vermeer de marier les couleurs dans La Jeune Fille à la perle et de mélanger sa peinture après l’avoir appliquée. Pour obtenir le passage subtil de la lumière à l’ombre, par exemple au niveau de la peau translucide sur le bord de la joue, il a utilisé un pinceau sec et doux afin de mélanger la peinture humide après l’avoir appliquée », écrit Abbie Vandivere.

« NOTRE ŒIL EST ATTIRÉ PAR LA PERLE, NON SEULEMENT PARCE QU’ELLE A DONNÉ SON TITRE AU TABLEAU, MAIS AUSSI PARCE QUE VERMEER L’A PLACÉE AU CENTRE DE LA COMPOSITION » ABBIE VANDIVERE

Dans une autre section, elle décrit l’examen rapproché de la surface de la toile à travers la lentille d’un microscope. « Notre œil est attiré par la perle, non seulement parce qu’elle a donné son titre au tableau, mais aussi parce que Vermeer l’a placée au centre de la composition. Saviez-vous que ce n’était peut-être pas une perle ? Les spécialistes du costume et de la bijouterie pensent qu’elle est trop grosse pour être vraie. Peut-être que Vermeer l’a exagérée un peu pour attirer l’attention sur elle… À fort grossissement, vous pouvez voir qu’il a peint cette perle avec seulement quelques coups de pinceau de blanc de plomb. »