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« Capture » et la censure

C’est finalement en Allemagne, à la galerie NOME de Berlin, que l’artiste et activiste Paolo Cirio peut exposer, depuis samedi 5 décembre, son œuvre Capture. L’exposition collective « Plan B » comprend en effet cette installation réalisée à partir de milliers d’images de policiers français prises lors de manifestations et traitées avec un logiciel de reconnaissance faciale dont l’utilisation par les forces de l’ordre hexagonales est dénoncée par l’artiste. Initialement, Capture était présentée cet automne dans « Panorama 22. Les sentinelles », la manifestation annuelle du Fresnoy - Studio national des arts contemporain à Tourcoing, où Paolo Cirio est invité au titre d’artiste-professeur dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut pour la photographie à Lille et La Condition Publique à Roubaix, autour de son projet « Next Generation(s) ».

Portrait de Paolo Cirio. D.R. / courtesy Biennal de Strasbourg.

Mais cette œuvre n’a pas eu l’heur de plaire au ministre de l’Intérieur. « Paolo Cirio : Insupportable mise au pilori de femmes et d’hommes qui risquent leur vie pour nous protéger. Je demande la déprogrammation de “l’exposition” et le retrait des photos de son site, sous peine de saisir les juridictions compétentes », a tweeté Gérald Darmanin le 1er octobre. « Suite à des menaces de poursuites judiciaires de la part du ministère de l’Intérieur, l’installation a été retirée de l’exposition », précise Le Fresnoy. Cette censure intervient dans le contexte déjà tendu de la proposition de loi de « sécurité globale », et de son désormais fameux article 24, aujourd’hui en phase de « réécriture », prévoyant de pénaliser la diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre. Dans ce contexte, l’Allemagne a aujourd’hui beau jeu de se faire le chantre de la liberté d’expression. « Le gouvernement fédéral honore conformément à sa loi constitutionnelle fondamentale la liberté d’expression, y compris la liberté artistique », a déclaré un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères interrogé par notre édition internationale sur l’exposition à Berlin de Capture. La France ne peut pas en dire autant.