© Photo : Mauricio Marat/ INAH

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Au Mexique, la ville maya de Cobá révèle ses secrets

Après dix ans de recherches, la ville de Cobá, au Mexique, a révélé ses secrets aux archéologues. Des hiéroglyphes mayas ont permis de découvrir le nom d’une puissante femme souveraine : « Lady Yopaat ».

Après une décennie de recherches, les archéologues ont pu reconstituer une partie de l’histoire perdue de la ville maya de Cobá, dans la péninsule du Yucatan, au Mexique. Malgré les impressionnants vestiges archéologiques répartis sur une vaste zone, notamment des pyramides et des routes qui la reliaient à d’autres cités, les chercheurs ont pendant longtemps ignoré l’histoire de la ville. Une nouvelle campagne d’étude des monuments de Cobá par l’Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique (INAH) a permis aux archéologues de reconstituer une dynastie de quatorze dirigeants qui ont gouverné la ville de 500 à 780 après J.-C. environ, retrouvant le nom de certains d’entre eux. Ainsi, Ju’npik Tok a fondé la dynastie, et une dirigeante se nommait Lady Yopaat.

L'ÉTAT DES ANCIENNES INSCRIPTIONS A DÉCOURAGÉ DE NOMBREUX EXPERTS EN ÉCRITURE MAYA DE LES ÉTUDIER PLUS EN DÉTAIL

« [Ces] dirigeants ont enfin un nom, une identité qui leur est propre, a déclaré María José Con Uribe, archéologue à l’INAH et directrice du projet Cobá. Cela nous permet d’avancer dans la reconstruction des événements historiques de cette ville, de savoir qui l’a gouvernée, à quelle époque et surtout de déterminer les liens entre Cobá et d’autres sites ou régions. »

Zone archéologique de Cobá, Quintana Roo. Photo : Mauricio Marat/ INAH, D.R.

Les anciennes inscriptions retrouvées sur les ruines de Cobá – la clé de toute reconstitution historique – ont été étudiées pour la première fois il y a un siècle, mais leur état – les écrits étaient gravement érodés – a découragé de nombreux experts en écriture maya de les étudier plus en détail, affirme María José Con Uribe. Et ils faisaient face à un autre problème : « Jusqu’à récemment, les chercheurs pensaient qu’il y avait très peu d’inscriptions hiéroglyphiques dans les villes des basses terres du nord [où se trouve Cobá], ce qui signifie qu’ils n’ont pas cherché de nouvelles inscriptions ou réaliser un travail approfondi pour déchiffrer celles qui ont été trouvées », déclare Traci Ardren, archéologue et professeur d’anthropologie à l’Université de Miami. Et d’ajouter : « Les villes du nord étaient considérées comme moins alphabétisées nous savons maintenant que c’est faux ».

Pour découvrir de nouvelles informations à Cobá, l’équipe de María José Con Uribe a étudié les monuments du site à l’aide de diverses méthodes, de la photogrammétrie, qui crée des reconstitutions en 3D à partir de photos, à la projection de lumière sous différents angles pour mettre en évidence la forme des glyphes. Selon l’archéologue, « c’était un défi de pouvoir obtenir le plus d’informations possible avec ce que nous avions, avec ce que Cobá nous offrait. Dix ans de travail, à regarder, photographier, dessiner… [nous ont permis d’obtenir] ce grand résultat. »

Travail de recherche sur une stèle maya à Cobá. Photo : Mónica López Portillo, D.R.

Parmi les plus importantes découvertes figure l’identité de l’un des dirigeants les plus importants de Cobá : une femme, Lady Yopaat, aurait régné pendant 40 ans au début du VIIe siècle et aurait renforcé la puissance de Cobá dans la région. L’ancienne ville a été occupée d’environ 200 avant J.-C. jusqu’au XIVe siècle après J.-C., mais son apogée se situe entre 600 et 800 après J.-C., lorsque ses dirigeants contrôlaient un vaste territoire et de nombreuses routes commerciales. À cette époque, une reine guerrière, identifiée comme Lady K’awiil Ajaw, a attaqué la ville de Yaxuná et construit une route de 100 kilomètres la reliant à Cobá, que l’on peut encore voir aujourd’hui. Les femmes n’étaient généralement pas choisies pour diriger les gouvernements dans la société maya, note Octavio Esparza Olguín, du Centre d’études mayas de l’Université nationale autonome du Mexique, bien que d’autres villes importantes comme Palenque ou Naranjo ont connu des femmes à leur tête.