Pensé comme un lieu de rencontres et de connexions multiples, avec des espaces multifonctionnels, Brusk a été conçu par les bureaux d’architecture Robbrecht en Daems (Gand) et Olivier Salens (Bruges). Lové au cœur de la ville historique, enserré entre les musées Groeninge et Hôpital Saint-Jean, le bâtiment n’émerge pas des ruelles et des canaux avoisinants, malgré ses dimensions monumentales. Sa découverte n’en est que plus étonnante, le visiteur se retrouvant d’un côté ou de l’autre de ses deux façades de verre reliées entre elles par une rue intérieure. En accès libre se visitent le Bar Brusk, une librairie, ainsi que l’Aula et le Forum, lieux destinés aux événements. La large cage d’escalier centrale, la Scala, abrite The Whispering Walls Rêve, une immense fresque (350 m²) de l’artiste française Laure Prouvost. Divisée en quatre parties, l’œuvre réinterprète, avec de multiples références, le passé de la ville et l’ouvre sur un futur imaginaire.
L’étage est doté de deux grandes salles d’exposition, l’une de 800 m², l’autre de 1 600 m². Elles sont inspirées des ateliers d’artistes avec leur éclairage zénithal. Exempts de colonnes, les lieux restent ouverts, au sens propre comme au figuré : en sont pour preuve les deux expositions inaugurales « Vision large » et « Latent City ». Telle est en effet la destination principale du bâtiment : offrir à la douzaine d’institutions composant Musea Brugge de vastes espaces d’expositions temporaires qui leur faisaient jusqu’alors défaut, les obligeant à déménager en partie leur collection permanente pour permettre d’accueillir chacune de leurs manifestations.
« Vision large »
L’exposition inaugurale « Vision large. Les mondes interconnectés de Bruges, 900-1550 » redéfinit pleinement les frontières et les concepts muséographiques. Elle est tout à la fois historique, culturelle et artistique, les trois domaines étant étroitement liés dans la perspective choisie par son panel de commissaires, chapeauté par le Britannique Peter Frankopan, docteur en histoire et professeur à l’University of Oxford, celle de revenir aux origines de l’identité internationale de Bruges à l’époque médiévale. La ville était alors une métropole portuaire ouverte sur le monde, accueillant marchands scandinaves ou vénitiens, croisés de retour de Jérusalem, diplomates de l’Empire ottoman, savants arabes, parmi tant d’autres.
Le parcours rassemble des peintures signées Hans Memling, Jan Mostaert, Jan van Eyck, Jan Provoost, Petrus Christus, Gérard David, Pieter Pourbus ou encore Gentile Bellini, ainsi que des toiles provenant des ateliers de Titien, de Rogier van der Weyden ou de Bernard van Orley. L’ensemble vaut autant pour les pièces de premier ordre issues des collections muséales européennes que pour les objets d’art ou de dévotion. Les reliquaires, vêtements liturgiques ou d’apparat, bibles, parchemins et manuscrits voisinent avec les tapisseries (tel Le Bal des Ardents, datant de 1470 et conservé au château de Saumur, un des fragments de la Tenture des Sauvages), sculptures en calcaire, instruments scientifiques, cartes nautiques, globes terrestres, bijoux ou encore armes ciselées. Tous ces artefacts révèlent des patrimoines exceptionnels. Ils montrent à quel point les interactions entre Bruges et le reste du monde étaient intenses et foisonnantes – de sublimes cartes en font la preuve –, tant par le biais des voyages et du commerce que par le brassage des idées, malgré des convictions religieuses divergentes, voire antagonistes.
L’exposition ne peut se lire sans considération pour notre époque, à l’heure où les mondes méditerranéen et proche-oriental sont particulièrement chahutés. Ce regard contemporain se retrouve dans la scénographie audacieuse et réussie. Dans cette spacieuse salle de 1 600 m² dépourvue de cimaises et de couloirs, il fallait tout inventer. Le parti a été pris de tendre d’immenses structures textiles en forme de tentes sous lesquelles ont été disposées les œuvres. Un noyau central est dévolu aux formats numériques, lesquels occupent une place déterminante mais non invasive. Différentes temporalités de lecture ou d’écoute renforcent le sentiment de grande liberté accordée au visiteur, lequel peut aisément passer d’un des cinq mondes à l’autre : la mer du Nord, le christianisme, la Méditerranée, la Cour et l’Atlantique des Açores. Chacun s’articule à partir de récits démontrant que le Moyen Âge était tout sauf obscur.
« Latent city »
La seconde salle fait passer le public d’une exposition encyclopédique sur le Moyen Âge à l’installation des plus synthétiques de Refik Anadol, pionnier turco-américain de l’art numérique piloté par l’intelligence artificielle (IA). Le visiteur est littéralement happé par Latent City, une structure de 12 mètres de haut qui engendre en temps réel un flot interrompu d’images en mutation constante, comme des ciels dont les couleurs varient à l’infini.
Associé à une équipe pluridisciplinaire, Refik Anadol définit le cadre conceptuel et les paramètres du système, tandis que l’IA intervient comme collaboratrice générative. L’œuvre s’appuie sur un ensemble de données numérisées, visibles en détail sur un « tableau digital ». Elles sont puisées dans les sources historiques des métropoles concernées, l’artiste ayant travaillé auparavant sur celles de Berlin, New York, Séoul et Stockholm. À Bruges, ce sont l’urbanisme médiéval, la structure architecturale, les riches collections d’art, mais aussi les rythmes de la vie quotidienne, la lumière et les conditions climatiques de la ville qui ont été compilés pour générer cette installation spectaculaire. Le flux d’images se réorganise sans cesse, en croisant tous les schémas jusqu’alors invisibles de l’entité urbaine.
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«Vision large. Les mondes interconnectés de Bruges, 900- 1550», 8 mai-6 septembre 2026 et «Refik Anadol. Latent City», 8 mai-8 novembre 2026, Brusk, Dijver 12, 8000 Bruges.



