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Tomás Saraceno et des communautés autochtones construisent un complexe artistique dans les déserts de sel argentins

L’ensemble monumental en plein air, « El Santuario del Agua » (Le Sanctuaire de l’eau), est situé dans l’un des plus grands gisements de lithium au monde.

Mercedes Ezquiaga
10 mars 2026
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Vue d’artiste de El Santuario del Agua (Sanctuaire de l’eau), conçu par l’artiste Tomás Saraceno avec les onze communautés autochtones du réseau Red Atacama, Salinas Grandes, nord de l’Argentine. Avec le généreux soutien de la Haus der Kunst, Munich, de la Aerocene Foundation, du Studio Tomás Saraceno et de nombreux autres partenaires. Courtesy de l’artiste, de Red Atacama et de la Aerocene Foundation, ainsi que des galeries neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonakdar, Los Angeles ; Pinksummer, Gênes ; Andersen’s, Copenhague ; et Ruth Benzacar, Buenos Aires. © Studio Tomás Saraceno

Vue d’artiste de El Santuario del Agua (Sanctuaire de l’eau), conçu par l’artiste Tomás Saraceno avec les onze communautés autochtones du réseau Red Atacama, Salinas Grandes, nord de l’Argentine. Avec le généreux soutien de la Haus der Kunst, Munich, de la Aerocene Foundation, du Studio Tomás Saraceno et de nombreux autres partenaires. Courtesy de l’artiste, de Red Atacama et de la Aerocene Foundation, ainsi que des galeries neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonakdar, Los Angeles ; Pinksummer, Gênes ; Andersen’s, Copenhague ; et Ruth Benzacar, Buenos Aires. © Studio Tomás Saraceno

« Nous ne nous nourrissons pas de batteries. Ils prennent l’eau ; ils prennent la vie. » Cette déclaration, en espagnol, figure sur une photographie que l’artiste Tomás Saraceno a envoyée via WhatsApp le mois dernier depuis les Salinas Grandes, un désert de sel d’altitude situé dans le nord de l’Argentine. Là, dans l’un des plus vastes gisements de lithium au monde, l’artiste travaille aux côtés de onze communautés autochtones pour construire El Santuario del Agua (Le Sanctuaire de l’eau), une œuvre monumentale consacrée à la transition énergétique mondiale.

Situées dans les provinces de Jujuy et de Salta, les Salinas Grandes se situent à environ 3 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’eau remonte des aquifères souterrains, s’évapore sous l’effet du soleil puis cristallise en sel, formant, après les pluies, une vaste surface miroitante où le ciel semble se refléter. La région est aride et ne reçoit qu’environ 300 mm de précipitations par an. Pour produire une seule tonne de carbonate de lithium destiné aux batteries de smartphones, plus de 2 millions de litres d’eau souterraine douce doivent être évaporés.

Les travaux d’El Santuario del Agua ont récemment débuté et le site devrait ouvrir en octobre 2026. Le projet comprend cinq structures semi-circulaires, construites principalement en sel, de dimensions variables, allant d’environ 2 à 30 mètres de diamètre et pouvant atteindre 15 mètres de hauteur. Leur forme s’achèvera par réflexion sur le sol, « lorsque l’eau révélera leur moitié cachée », explique Tomás Saraceno. Les visiteurs pourront emprunter des escaliers taillés à l’arrière des structures pour accéder à des plateformes d’observation surélevées.

Les cinq structures, inspirées des apachetas (amas de pierres traditionnellement déposés en offrande à Pachamama, la divinité andine de la Terre), tirent leurs noms de la cosmologie andine : Inti, Killa, Ch’aska, Hawcha et Tiqsimuyu.

« L’eau – puri – n’est pas un élément mais un être vivant, une composante essentielle de la vie », ont écrit à The Art Newspaper, dans un message commun envoyé depuis Salta, Tomás Saraceno et des représentants du Réseau Atacama, une coalition de communautés autochtones. À ses côtés se trouvent les dirigeants autochtones Miguel Casimiro, Iván Arjona Acoria, Romualdo Fabián, Justo Casimiro, Celeste Valero, Andrei Fernández et Álvaro Simón Padrós, dont les ancêtres vivent sur ces terres depuis des siècles.

Tomás Saraceno, artiste argentin installé à Berlin, dont la pratique se situe à la croisée de l’art et de la science, a exposé à la Biennale de Venise, au Metropolitan Museum of Art de New York, au Palais de Tokyo à Paris et dans d’innombrables autres institutions ; il a également collaboré avec des organismes tels que la Nasa et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). El Santuario del Agua est conçue non seulement comme une installation artistique reliant vision esthétique et cosmologie autochtone, mais aussi comme un modèle de souveraineté territoriale et économique.

Préparatifs pour la construction de El Santuario del Agua (Sanctuaire de l’eau), avec les communautés du réseau Red Atacama, Salinas Grandes. Photo © Studio Tomás Saraceno

« Nous construisons un sanctuaire, une œuvre d’art destinée à renforcer l’activisme que les communautés atacameñas mènent depuis longtemps pour défendre l’eau et leur territoire, explique Tomás Saraceno. Il s’agit de préserver les savoirs ancestraux et de résister aux modèles de développement imposés sans consultation préalable. »

Les collaborateurs du projet espèrent mettre en place un modèle de tourisme durable piloté par les communautés, capable de générer des revenus et des emplois à long terme tout en apportant une réponse aux industries extractives. L’ensemble des recettes du projet restera entre les mains des communautés, qui en assumeront la propriété et la gestion. Le site devrait accueillir entre 100 et 350 visiteurs par jour, dans une région qui reçoit déjà plus de 1 500 touristes quotidiennement. Le droit d’entrée sera fixé à 20 dollars par personne.

« Nous espérons pouvoir imaginer des façons plus durables de vivre ensemble dans un monde qui semble de plus en plus fragile », ajoute Tomás Saraceno. Le projet a pris forme au bout de plus d’une décennie de collaboration avec des communautés autochtones et avec Aerocene, une initiative artistique et scientifique consacrée aux enjeux environnementaux lancée par l’artiste en 2015, repensant le rôle de l’art dans les enjeux de justice climatique, de souveraineté territoriale et d’économies communautaires. Le projet sera présenté en avant-première dans une exposition consacrée à l’œuvre de Tomás Saraceno, qui ouvrira en juillet à la Haus der Kunst, à Munich, sous le commissariat de Sarah Johanna Theurer et Andrea Lissoni.

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