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Spectroscopie, rideau de théâtre et corps réinventant la statuaire grecque

Patrick Javault
27 février 2026
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Vue de l’exposition « Dove Allouche : CHNOPS », chez Peter Freeman, Inc., Paris. Photo Aurélien Mole. Courtesy de l’artiste et Peter Freeman, Inc., New York / Paris. © Adagp, Paris, 2026.

Vue de l’exposition « Dove Allouche : CHNOPS », chez Peter Freeman, Inc., Paris. Photo Aurélien Mole. Courtesy de l’artiste et Peter Freeman, Inc., New York / Paris. © Adagp, Paris, 2026.

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Dove Allouche : CHNOPS

Entre 2020 et 2022, Dove Allouche a réalisé son propre Tableau périodique, une série de 96 images obtenues par spectroscopie correspondant à la lumière émise par chacun des éléments classés par Mendeleïev. Il expose aujourd’hui six de ces images dans une vitrine, six comme les éléments du vivant : Carbone, Hydrogène, Nitrogène (azote), Oxygène, Phosphore, Souffre. L’acronyme CHNOPS formé avec eux donne son titre à l’exposition et, dans celle-ci, c’est la série Halley qui a pris possession des murs. Halley est composé de neuf tirages photographiques sur papier baryté de négatifs trouvés dans un atlas qui sont autant de vues du passage de la comète en 1910. Chaque photo montre le noyau de la comète, une tache noire plus ou moins ronde dans le bas d’une feuille blanche et un nuage de points gris équivalant au halo de particules et de déchets de la comète. Le sujet de la série, est-ce la comète elle-même ? L’histoire de son apparition dans le ciel tous les soixante-seize ans ? Ou les témoignages des artistes ? Ou bien les traces laissées par celle-ci dans la photographie en 1910 en une certaine synchronicité avec le surgissement de l’abstraction en peinture ? Dans le travail d’Allouche, la question du seuil de visibilité compte autant que la chimie du médium photographique. Les deux séries de pièces qu’il rapproche dans CHNOPS produisent un décentrement de l’œuvre d’art. Participe également de ce décentrement, le texte demandé au mathématicien Javier Fresán. Celui-ci y évoque notamment le vertige ressenti « dans la photographie de la photographie, quand la comète franchit l’émulsion de gélatine ».

Du 13 février au 4 avril 2026, Peter Freeman, Inc., 7 rue de Montpensier, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Yudith Levin : Le Temps et l’autre » à la Dvir Gallery, Paris. Courtesy de l’artiste et Dvir Gallery. Photo Aurélien Mole

Yudith Levin : Le Temps et l’autre

Alors que le Musée d’Israël de Jérusalem lui consacre une rétrospective, la galerie Dvir dessine un parcours à travers l’œuvre de Yudith Levin en rassemblant des œuvres de 1984 à 2007. La pièce la plus ancienne est une composition murale faite de panneaux de contreplaqués peints aux formes irrégulières et séparés par de larges intervalles, abstraction et figuration y trouvant leur place. C’est un démontage du tableau visant à rapprocher la peinture de l’expérience quotidienne.

Dès la deuxième moitié des années 1980, elle revient au tableau sur châssis dans une veine abstraite et expressive. Puis, elle s’écarte de l’abstraction et réduit drastiquement sa palette. Un ensemble de tableaux des années 1990, pensés comme des autoportraits, montrent par exemple un buste de dos ou une femme qui s’éloigne dans un blanc infini et vaporeux. Le blanc, l’artiste l’emploie aussi pour recouvrir en partie les figures qu’elle peint et atténuer ainsi leur présence.

Dans la dernière salle sont présentés deux tableaux de la série Hawara Checkpoint de 2007. Yudith Levin s’est rendue à de nombreuses reprises à Hawara, lieu d’humiliations et de violences. Elle a peint dans chacun des tableaux la silhouette schématique d’un Palestinien, mains entravées et yeux bandés, en quelques traits de peinture ocre, et à côté d’elle la figure à demi esquissée d’une petite fille libre de ses mouvements. Plutôt qu’un témoignage, c’est une façon de se situer et de transmettre une empathie par le trait.

Du 30 janvier au 28 mars 2026, Dvir Gallery, 13 rue des Arquebusiers, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Malick Sidibé : Une jeunesse moderne » chez Magnin-A. Courtesy Magnin-A. Photo Grégory Copitet

Malick Sidibé : Une jeunesse moderne

Pour les dix ans de la disparition de Malick Sidibé (1936-2016), André Magnin choisit de rendre hommage à celui dont il fut l’ami et l’un des tout premiers à promouvoir le travail. L’exposition donne à voir une ample et belle sélection d’œuvres recoupant les trois principales catégories du travail de Sidibé : les portraits du Studio Malick qu’il ouvre en 1962, les photos de soirée et les photos d’après-midi passées avec la jeunesse sur les plages du fleuve Niger. À l’entrée de l’exposition, est accrochée Nuit de Noël (Happy Club) (1963), sans doute la plus célèbre de ses photos qui montre un jeune homme en costume apprenant à une jeune fille aux pieds nus à danser le twist sur un sol de terre. À côté de ce grand tirage est accrochée une série de 23 photos de cette soirée dans un format vignette, collées sur une feuille de carton, une page des archives du photographe. La photo que Time Magazine a classée parmi les 100 plus importantes de tous les temps, porte le numéro 20. Au-delà de l’émotion qu’elle transmet, cette pièce d’archive pointe le travail d’auteur entrepris par Malick Sidibé au début des années 1990, ce moment où le grand témoin des changements qui ont marqué le Mali depuis l’indépendance construit une œuvre. Cela tient bien évidemment à la sélection opérée dans les négatifs mais aussi au choix du format, et secondairement aux légendes. Dans le studio de Sidibé, les jeunes et un peu moins jeunes viennent interpréter des rôles avec quelques accessoires, ou jouer à être simplement eux-mêmes. Comme un August Sander joyeux et décontracté, Malick Sidbé, sous les dehors d’une simple activité commerciale, dresse le portrait d’une société. Les photos prises sur la plage montrent des corps réinventant la statuaire grecque en mimant un combat ou en prenant des poses acrobatiques, véritables créations collectives.

Du 12 février au 4 avril 2026, Magnin-A, 118 boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris

Vue de l’exposition « Kevin Lowenthal : Dream Ho » chez Brigitte Mulholland. Courtesy de l’artiste et Brigitte Mulholland.

Kevin Lowenthal : Dream House

Kevin Lowenthal a pris comme motif de chacun des huit tableaux qu’il expose un rideau de théâtre plissé. Leurs titres sont formés par la liste des couleurs employées suivie du mot « curtain ». Devant le rideau représenté de manière réaliste apparaissent des formes irrégulières, comme déchirées dans la manière de Clyfford Still, qui tantôt épousent les plis du tissu, tantôt semblent superposés au plan de l’image. Dans la moitié des tableaux, on trouve également dans le bas de la composition un aplat de couleur qui ressemble à une scène ou à un podium à deux ou trois marches. Deux très grands tableaux ont été réunis pour former un diptyque. D’étroites lignes les séparent du sol et du plafond, et un intervalle entre eux suggère un rideau entrouvert. Pour complexifier un peu plus ce questionnement sur la nature du plan pictural, Lowenthal donne à sa peinture un aspect uniformément rugueux assez proche du crépi. Sans remonter jusqu’au mythe de Zeuxis et de Parrhasios, cité dans le communiqué de presse, on se souvient des quelques rideaux gris peints par Gerhard Richter au milieu des années 1960 et qui se jouaient de la distinction entre photoréalisme et minimalisme. Dépassant cette équivoque, Kevin Lowenthal ne craint pas d’approcher l’imaginaire du spectacle. La Dream House, qui donne son titre à l’exposition, est une maison de poupée sur socle, dont l’un des murs de façade est ouvert et qui montre trois rangées de rideaux de velours orange avec des découpes de soie bleu. Sa base est couverte d’une peinture grise et rugueuse. Entre la maison et les tableaux, impossible de dire dans quelle direction va le rêve.

Du 13 février au 28 mars 2026, Brigitte Mulholland, 81 rue de Turenne, 75003 Paris

L'actualité des galeriesDove AlloucheGalerie Peter Freeman Inc.Yudith LevinGalerie DvirMalick SidibéGalerie MAGNIN-AKevin LowenthalBrigitte Mulholland (Paris)
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