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Critique

Kathy Acker : repousser les limites

La romancière, poétesse et essayiste américaine remet en cause les genres littéraires et leur codification historique.

Camille Viéville
26 mars 2021
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Kathy Acker, Sang et stupre au lycée. Paris, Éditions Laurence Viallet, 2021, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Claro, 224 pages, 22,50 euros.

Kathy Acker, Sang et stupre au lycée. Paris, Éditions Laurence Viallet, 2021, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Claro, 224 pages, 22,50 euros.

Inutile de résumer Sang et stupre au lycée (Blood and Guts in High School, 1984), tant le titre seul indique au lecteur que le romanesque de Kathy Acker (1947-1997), à la fois punk et savant, secoue salement. Et ça fait du bien. Résumé d’autant plus vain que l’auteure elle-même n’a cessé de répéter son mépris de la narration et du portrait psychologique.

Kathy Acker, A Map of My Dreams [Carte de mes rêves], entre 1973 et 1978. © Kathy Acker/Éditions Laurence Viallet

Grande lectrice de Jean Genet, de William S. Burroughs et des écrivains du Nouveau Roman, Kathy Acker désire, au contraire, étendre les possibilités de la langue. Elle fait sienne cette phrase de Gilles Deleuze dont elle admire la pensée : « Écrire, c’est pousser le langage et la syntaxe jusqu’à une certaine limite. » Par la déconstruction narrative, le recours à l’intertexte (pastiche, citation, etc.) ainsi que l’usage du dessin ou de l’expérimentation typographique, Kathy Acker bouscule avec radicalité les frontières traditionnelles du roman, tel qu’il s’est constitué depuis le XIXe siècle, et interroge la place de la fiction dans la littérature.

Une redécouverte

La sexualité tient un rôle essentiel dans Sang et stupre au lycée, comme dans une large part de l’œuvre de Kathy Acker. Son expérience fondatrice de strip-teaseuse et d’actrice pornographique lui a apporté, dit-elle, la clairvoyance de l’esclave qui voit mieux que le maître. Le sexe, voire la pornographie deviennent un moyen de faire fluctuer les règles établies et l’identité des personnages, offrant, via l’inceste ou la prostitution, un reflet dérangeant des rapports de domination et de pouvoir qui structurent la société.

Son expérience fondatrice de strip-teaseuse et d’actrice pornographique lui a apporté, dit-elle, la clairvoyance de l’esclave qui voit mieux que le maître.

Écrit entre 1973 et 1978, paru aux États-Unis en 1984, Sang et stupre au lycée est l’ouvrage le plus lu et le plus populaire de Kathy Acker. Laurence Viallet, qui avait publié en 2004 cette traduction due à Christophe Claro, propose une édition revue et augmentée de deux Cartes de mes rêves inédites, reproduites hors texte et en couleurs. Cette réédition s’inscrit dans la redécouverte en France de l’œuvre de Kathy Acker et à la suite de la rétrospective que lui a consacré, en 2019, l’Institute of Contemporary Arts à Londres. Sa portée critique trouve dans notre époque bouleversée un écho nouveau : « Être margi­nal, c’est être à la marge. [...] Il n’y a plus d’en­droits sûrs dans notre monde. L’innocence sera bientôt morte : l’écrivain qui choisit d’écrire d’une manière ne supportant pas le statu quo [...] doit clarifier ces choix d’écriture – qui sont aussi et toujours des prises de position poli­tiques – et les actualiser. » (« Speech for the Artist in Society Conference», Fugue, no 10, automne hiver 1994, p. 10.)

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Kathy Acker, Sang et stupre au lycée, Paris, Éditions Laurence Viallet, 2021, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Claro, 224 pages, 22,50 euros.

LivresKathy AckerInstitute of Contemporary Art (ICA) de LondresÉditions Laurence Viallet
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