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Critique

Le dessin s’effeuille au musée des arts décoratifs à Paris

Le MAD - musée des arts décoratifs, à Paris, dévoile la richesse de son cabinet des dessins, à travers quelque 500 feuilles qui s’exposent dans une scénographie originale en forme d’abécédaire.

Anne-Lys Thomas
9 septembre 2020
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Qu’ont à voir le dessin gothique d’un tabernacle de 1510 et l’étude au pastel d’un cheval grandeur nature, signée Albert Besnard en 1883 ? Rien, si ce n’est qu’ils sortent tous deux du cabinet des dessins du musée des arts décoratifs. Un fonds riche de dizaines de milliers de feuilles, réunies au fil de donations d’artistes et de collectionneurs et rarement montrées. Mandatée il y a trois ans par Olivier Gabet, directeur de l’institution, pour mettre de l’ordre dans ces réserves hors norme, la conservatrice en charge du département des arts graphiques, Bénédicte Gady, est à l’origine de la très belle exposition « Le Dessin sans réserve ». « Le projet de cette exposition a été de montrer toute la variété des dessins des réserves. Les œuvres exposées n’ont aucun lien entre elles : elles s’étalent du XVe au XXIe siècles, et regroupent, en plus de l’art décoratif, des dessins de beaux-arts, d’architecture, de botanique, de bijoux et de mode… ça part dans tous les sens », sourit la commissaire, qui a sélectionné 500 œuvres majeures, de Le Brun à Robert Mallet-Stevens en passant par Watteau, Ingres, André-Charles Boulle, Sonia Delaunay, Jean Dubuffet, Jean Royère ou encore Jeanne Lanvin.

Pierre Chareau, Bureau-bibliothèque de l’Ambassade Française, 1925, don René Herbst, 1961. © MAD, Paris

Pour présenter cet ensemble hétéroclite, la conservatrice a choisi d’assumer la part d’arbitraire de sa sélection à travers un parcours sous forme d’abécédaire. « L’idée de l’abécédaire résonne également avec l’histoire de ce fonds de dessins, auparavant classé par ordre alphabétique à la bibliothèque, précise-t-elle. Pour l’exposition, cette astuce m’a permis de varier les thèmes, en alternant les entrées très attendues comme « Architecture », « Décor » ou « Mobilier », et d’autres beaucoup plus surprenantes ». Parmi les meilleures surprises, la lettre K cache des trésors de l’art japonais: les Katagami, ces pochoirs utilisés pour teindre des étoffes et y imprimer des motifs. H pour « Hybride » permet d’associer un centaure de Rodin, une sphinge de Carrier-Belleuse, un curieux « âne égaré » de Dubuffet et des études ornementales de la méconnue Colette Pettier. Réunis, le X et le Y permettent un questionnement sur le masculin, avec l’exposition de projets de broderie pour des gilets d’homme de la fin du XVIIIe siècle, attribués à Antoine Berjon.

Marguerite Porracchia, Mme Simone habillée par Jeanne Lanvin, 1920-1922, don Bruno Gaudenzi et Sandra Nahum, 2013. © Marguerite Porracchia. © Adagp, Paris, 2020

Le jeu et le rythme règnent dans cette promenade de A à Z. Loin d’être totalement hasardeuse, elle brille par les correspondances qui émergent entre les œuvres et les thèmes. « Nous avons cherché à créer des salles variées de l’une à l’autre, tout en étant chacune très harmonieuses: les dessins de gilets amènent aux projets de motifs d’indiennes et au textile, qui entrent en résonance avec les dessins de Watteau », explique Bénédicte Gady. Profus sans être brouillon, l’accrochage dégage une unité servie par la scénographie efficace et élégante de l’agence H5 et son utilisation originale de caisses de transport pour les cimaises.

Jean Souverbie, La Musique, 1937, don de la famille de l’artiste, 2019. © MAD, Paris. Photo: Christophe Dellière. © Adagp, Paris, 2020

Ces allers-retours à travers les périodes et les styles ont été l’occasion de plusieurs découvertes, au fil des préparatifs de l’exposition. Du fonds des dessins de Victor Lhuer, Bénédicte Gady a ainsi exhumé une série de projets de modèles et de costumes réalisés pour Paul Poiret. « Nous nous sommes aperçus avec une assistante de conservation que la robe « Mosaïque », imaginée par Victor Lhuer pour Paul Poiret, se trouvait dans nos collections, et nous avons décidé de présenter les deux pièces, sur papier et textile, en regard », s’enthousiasme la commissaire.

Pierre Guillaume Lemeunnié, dit Peter, Projet de motifs d’indiennes, 1796, don M. Lorrain, 1912. © MAD, Paris. Photo: Christophe Dellière

Autre découverte : La Musique, de Jean Souverbie. Réalisée dans l’atelier de Maurice Denis en 1937, pour la fresque de l’un des escaliers monumentaux du Théâtre national de Chaillot, cette maquette avait été présentée dans une exposition de l’UCAD (Union centrale des arts décoratifs, ancienne dénomination du MAD) quatre ans plus tard, puis totalement oubliée. Pour Bénédicte Gady, « il s’agit d’une œuvre majeure, que Souverbie considérait comme la plus importante de sa création, représentative de l’Art déco avec des figures qui s’étagent en hauteur, un chromatisme très doux de roses clairs, d’ocres et de jaunes relevés de bleu ». Présentée en haut de l’escalier du troisième étage en guise d’introduction à l’exposition, elle annonce toutes les surprises que peut recouvrir le dessin, quand il sort de sa réserve.

« Le Dessin sans réserve », jusqu’au 3 janvier 2021, MAD - Musée des arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris.

DessinMusée des Arts Décoratifs (MAD)Olivier GabetBénédicte Gady
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