Critique
Expositions

Troie, le mythe et la réalité réunis au British Museum

Le musée londonien propose une exposition mêlant des œuvres inspirées par les récits épiques ainsi que des pièces archéologiques issues des fouilles du XIXe siècle.

L’origine de l’histoire de Troie provient de l’Iliade d’Homère (VIIIe siècle avant J.-C.) et de son épilogue L’Odyssée, qui auraient été précédés de traditions orales. Le Cycle épique, les pièces d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, et l’épopée de l’Énéide de Virgile datant du Ier siècle avant J.-C. fournissent des récits non-homériques sur Troie et la guerre.

Filippo Albacini, Achille blessé, 1825, marbre, prêt de Chatsworth House © The Devonshire Collections, courtesy des Chatsworth Settlement Trustees

L’exposition est divisée en trois parties, la première sur les « mythes » grecs et romains de Troie et la dernière sur les œuvres du Moyen Âge à nos jours, inspirées par les contes antiques. Parmi les artefacts présentés dans les premières salles, figurent l’un des manuscrits les plus importants de l’Iliade ayant survécu jusqu’à nous, le Townley Homer, du XIe siècle, ainsi qu’une coupe d’argent en relief datant du du Ier siècle après J.-C. montrant Priam suppliant Achille de lui rendre le corps de son fils Hector et de nombreux exemples de vases à figures noires et rouges ornés de scènes de la guerre de Troie. La dernière section comprend des œuvres telles que la remarquable sculpture en marbre de Filippo Albacini, Achille blessé (1825), l’impression couleur hyper réaliste d’Eleanor Antin Le Jugement de Pâris (d’après Rubens) - Dark Helen (2007) ou encore l’installation lumineuse de Spencer Finch, Le bouclier d’Achille.

Priam et Achille, coupe romaine en argent du I er siècle avant J.-C., Nationalmuseet, Copenhague. Photo : Roberta Fortuna et Kira Ursem © Nationalmuseet, Danemark

Entre temps, la partie centrale de l’exposition traite de la « réalité » de Troie. À la fin du XVIIIe siècle, on pensait que l’histoire de Troie était une fiction. Mais un siècle plus tard, dans les années 1870, l’homme d’affaires et archéologue germano-américain Heinrich Schliemann a fouillé le mont d’Hissarlik, actuellement dans l’ouest de la Turquie. Il a affirmé que ses trouvailles permettaient d’établir que le site était celui de la Troie mythique. Parmi ses découvertes figurait ce qu’il appelait le trésor de Priam, une réserve de 8 750 bagues en or, une paire de diadèmes en or (les « joyaux d’Hélène ») et une multitude de petits objets précieux. Celles-ci ont été exposées au South Kensington Museum de Londres (aujourd'hui le Victoria and Albert Museum) peu de temps après leur découverte, puis ont été données au futur Musée de la préhistoire et de la protohistoire de Berlin, qui a prêté environ 100 objets pour cette exposition. Bien que celle-ci ne contienne pas d’exemples tirés de fouilles postérieures, il a été établi qu’il est peu probable que les découvertes de Schliemann proviennent de la Troie d’Homère. « Même si la plupart des archéologues sont aujourd’hui convaincus qu’Hissarlik est Troie, la question de savoir s’il existe des preuves de la guerre de Troie est beaucoup plus controversée », déclarent les conservateurs Andrew Shapland et Lesley Fitton. « En fin de compte, le problème est que les preuves archéologiques ne sont pas toujours faciles à concilier avec des événements historiques, encore moins mythiques. »

« Troy : Myth and Reality », jusqu’au 8 mars 2020, British Museum, Great Russell Street, Londres.