Critique
Musées et Institutions

À Deauville, les Franciscaines offrent un coin de paradis

Deauville a ouvert mercredi 19 mai, son nouveau haut lieu culturel, les Franciscaines. Visite guidée.

Les Franciscaines, à Deauville. Photo : Naïade Plante

En arrivant du centre-ville par l’avenue de la République, impossible de le manquer ! Le nouveau lieu culturel Les Franciscaines, à Deauville, se repère de loin grâce à son « portail » un brin démesuré, deux étroits vantaux de quinze mètres de haut en matériau composite blanchâtre. « Autrefois, le bâtiment était introverti. Il fallait qu’il “retourne” à la ville, s’ouvre sur elle, explique l’architecte Alain Moatti, patron de l’agence Moatti-Rivière, lauréate, en 2015, du concours d’architecture. Nous avons imaginé une nouvelle “entrée” à l’échelle de la cité, un signal fort qui invite aujourd’hui les visiteurs à investir l’édifice ». « Autrefois », c’était en 1878, cette institution intitulée Orphelinat Saint-Joseph de la Congrégation des sœurs franciscaines logeait, hormis un couvent, un dispensaire et une école ménagère.

Elle a été réhabilitée de pied en cap. Surface : 6 200 m2. Coût des travaux : 21 millions d’euros HT – dont 4 pour les études et la maîtrise d’œuvre –, auxquels s’ajoutent 4 millions d’euros pour l’acquisition du bâtiment, en 2012. « L’idée, raconte Alain Moatti, était de créer, au rez-de-chaussée, deux espaces de mêmes dimensions, deux cours carrées : la première est le cloître historique, élément emblématique du projet ; la seconde est une “réplique contemporaine” dudit cloître, un espace structuré autour d’arcades reconstituées et dédié aux expositions ».

Les Franciscaines : le Cloître. Photo : Bérengère Sence

L’entrée s’effectue par la médiane qui sépare ces deux entités, laquelle conduit, à l’autre extrémité, à un large escalier qui relie les trois niveaux du bâtiment. À main gauche, l’espace des expositions arbore, en son cœur, un haut plafond surmonté d’un vaste puits de lumière. En périphérie, s’y développent aux deuxième et troisième étages les réserves. À main droite, s’affiche le cloître historique, avec ses façades à arcades faites de pierres meulières et de briques jaunes. À la fois salle de lecture et espace de rencontre, il est le nœud central de l’institution et dessert, entre autres, le restaurant ou l’ex-chapelle, métamorphosée en auditorium à gradins rétractables – 230 places assises, 600 debout.

Lorsqu’elle a choisi de réinvestir l’ancien couvent, la municipalité songeait à un « nouveau modèle culturel » qui mixe médiathèque, musée et salle de spectacle : « Nous ne sommes pas partis de l’idée de créer trois entités distinctes, mais, au contraire, en se posant la question d’un point de vue, rappelle Caroline Clémensat, directrice des Franciscaines. L’objectif était non pas d’additionner des collections, mais de les décloisonner pour les organiser autrement. » D’où ces deux niveaux supérieurs matérialisant ce « mélange des genres », en l’occurrence cinq « univers » dédiés à cinq thématiques : Deauville, Cheval, Spectacle et Art de vivre au premier étage; Jeunesse au deuxième étage. Chaque espace thématique est surligné, sans nuance, par une couleur et une « ambiance » distinctes.

Les Franciscaines : la Grande Galerie. Photo : Pierre-Olivier Deschamps / Agence VU’

Ainsi, l’univers Cheval arbore-t-il des tabourets de cuir en forme de selles et des néons-écritures équestres – fer à cheval, tête de pur-sang. De longues étagères-cimaises ondulent dans l’ensemble des espaces et proposent, en vrac, livres, cd, jeux ou œuvres d’art. Le visiteur peut ainsi glisser directement d’un tableau de Bonnard (Le Bassin des yachts à Deauville, 1910), l’une des dernières acquisitions du lieu, à un Atlas de dentisterie équine, ou « piocher » entre les deux une photographie, un livre ou un DVD. L’outil numérique se distille à l’envi dans le bâtiment par le biais d’écrans de projection, de bornes multimédias tactiles – donnant accès aux collections numérisées – ou… de l’imprimante 3D du FabLab.

Les Franciscaines : univers cheval. Photo : Naïade Plante.
Les Franciscaines : musée André Hambourg. Photo : Bérengère Sence

« Freud disait : Entre le réel et l’imaginaire, c’est toujours l’imaginaire qui l’emporte. À chaque fois que j’interviens dans un lieu, je cherche à créer un “objet symbolique” qui s’ancre localement et lui donne son identité, souligne Alain Moatti. L’idée, ici, est de magnifier cet espace remarquable qu’est le cloître historique. Nous en avons amplifié le volume en surélevant la verrière, afin de voir le ciel depuis l’intérieur, et en imaginant cet immense lustre de 400 m2, un “nuage de lumière” qui m’a été inspiré par les ciels normands que j’ai admirés sur nombre de tableaux. » Ce « ciel lumineux » se compose de 14 285 tubes de polycarbonate éclairés par 380 spots.

UN «CIEL LUMINEUX» COMPOSÉ DE 14 285 TUBES DE POLYCARBONATE ÉCLAIRÉS PAR 380 SPOTS

Reçu en donation en 2011, le fonds du peintre André Hambourg (1909-1999), soit quelque 4 000 œuvres – les siennes, mais aussi sa propre collection, dont des pièces de Foujita, Derain ou Marie Laurencin –, bénéficie, lui, d’une salle particulière pérenne sur deux niveaux. Outre cet ensemble, la grande exposition inaugurale « Sur les chemins du paradis » réunit, jusqu’au 22 août, une centaine d’œuvres qui explorent le thème paradisiaque au sein des trois monothéismes, depuis un fragment de sarcophage égyptien datant de 943-731 avant J.-C. jusqu’à des pièces contemporaines signées Nicolas Baier ou Bill Viola.

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« Sur les chemins du paradis », du 19 mai au 22 août, Les Franciscaines, 145 B, avenue de la République, 14 800 Deauville.