Critique
Musées et Institutions

Une visite chez Olivier Debré

À l’occasion d’une exposition au CCC OD, à Tours, qui explore la relation du peintre à l’architecture, nous sommes allés à la découverte de l’un de ses ateliers, Les Madères.

On croit souvent connaître l’œuvre d’Olivier Debré, qui a rencontré un réel succès de son vivant et dont le nom est parfois associé à ceux des nombreux membres illustres de sa famille, en médecine comme en politique. Mais celle-ci recèle bien des facettes qui méritent d’être remises en lumière.

Vue de l’atelier d’Olivier Debré aux Madères, Indre-et-Loire. © Anaël Pigeat

Les Madères, un lieu fondateur

Pour célébrer le centenaire de sa naissance, l’un de ses fils, le professeur Patrice Debré, a suggéré au CCC OD, le centre de création contemporaine de Tours qui porte le nom du peintre et auquel ses descendants ont offert un ensemble d’œuvres conséquent, de se plonger dans la passion qu’il a toujours eue pour l’architecture. L’exposition « Étendue, corps, espace. Olivier Debré et les artistes-architectes » a ouvert sur cette question. Nous avons pu en prolonger la visite par la découverte des Madères, l’atelier d’Olivier Debré en Touraine, un lieu fondateur pour sa peinture.

La matière et la couleur de la pierre, les grands arbres, les cyclamens et le pigeonnier dominant les terrasses sur la vallée ont marqué sa peinture de leur empreinte.

Avant de se consacrer pleinement à la peinture, c’est en effet au métier d’architecte qu’Olivier Debré s’est formé, peut-être influencé par plusieurs de ses aïeux, les Debat-Ponsan. Mais, à l’issue de son cursus, il décide de ne pas passer le concours de sortie, avec l’idée de conserver sa liberté d’artiste. « C’est sans doute le besoin de liberté, le fait de ne pas avoir à dépendre d’un système de commandes, qui l’a poussé à faire ce geste », explique Patrice Debré. Le sujet ne l’a pour autant jamais quitté, et Olivier Debré a continué de se passionner pour l’architecture. « Il a même réussi à construire plusieurs bâtiments », raconte encore son fils : l’église Notre-Dame-de-la-Source à Compiègne, un ensemble d’ateliers dans le 13e arrondissement de Paris, et son atelier de Saint-Tropez, qu’il a conçu de toutes pièces. Il a également créé des décors de théâtre, par exemple un rideau pour la Comédie-Française, à Paris, dont une maquette est conservée aux Madères. De nombreux carnets jonchent aussi sa table de travail – il en avait un en permanence avec lui. Soulignant de façon passionnante son rapport au paysage, ceux-ci sont remplis de « signes » colorés, précise Patrice Debré, un sujet sur lequel il a abondamment écrit.

Vue de l’atelier d’Olivier Debré aux Madères, Indre-et-Loire. © Anaël Pigeat

Debré utilisait donc plusieurs ateliers, de Cachan à la Touraine. Particulièrement singulier, celui des Madères est installé dans l’un des berceaux de la famille, une maison achetée en 1933 par son père, le célèbre pédiatre Robert Debré. Les salles dans lesquelles le peintre travaillait sont en partie troglodytes, excavées au XVIIe siècle et ornées de colonnes d’églises probablement pillées dans les environs sous la Révolution. La matière et la couleur de la pierre, mais aussi les grands arbres, les cyclamens et le pigeonnier dominant les terrasses sur la vallée sont autant d’éléments qui ont marqué sa peinture de leur empreinte. Dans cette suite de pièces creusées dans la roche, Olivier Debré stockait ses châssis et y passait le temps de la réflexion et de la lecture, car il peignait surtout dehors, ses toiles simplement disposées à même le sol, souvent au bord de la Loire. Dans le garage, l’automobile jaune – devenue presque légendaire – avec laquelle il partait arpenter la campagne tourangelle est toujours là, « comme une palette vivante », suggère Patrice Debré. En peinture, il ne faisait à l’intérieur que d’éventuelles retouches sur les toiles.

Ce lieu est aujourd’hui demeuré presque tel qu’il était au moment de sa disparition, l’un des cœurs de la maison. On y voit quelques tableaux au châssis découpé, appartenant aux séries qu’il a réalisées à la fin de sa vie (et qui n’ont pour la plupart jamais été exposées), ainsi qu’une infinité de minuscules toiles soulignant les variations d’échelle auxquelles il prêtait son pinceau.

Vue de l’exposition « Étendue, corps, espace. Olivier Debré et les artistes-architectes », au CCC OD, Tours. © CCC OD, Tours. Photo F. Fernandez

Conversations sur l’architecture

L’exposition au CCC OD fait dialoguer des esquisses et des maquettes des constructions de Debré avec des œuvres de créateurs contemporains qui sont traversées par le thème de l’architecture. Aucun d’entre eux n’a connu Debré. Les échos se sont donc tissés au cours de conversations avec les commissaires, Marine Rochard et Isabelle Reiher, la nouvelle directrice du CCC OD, qui vient de succéder à Alain Julien-Laferrière, fondateur et directeur du lieu pendant plus de trente ans. Jordi Colomer, Eva Nielsen, Claire Trotignon, Raphaël Zarka, mais aussi des figures historiques comme Robert Breer ou Chanéac sont réunis dans un beau paysage. Claude Parent, qu’Olivier Debré a en revanche bien connu, fait figure de grand absent – un choix délibéré, racontent les commissaires, pour ouvrir le sujet à de nouveaux artistes.

--

« Étendue, corps, espace. Olivier Debré et les artistes-architectes », 16 octobre 2020-28 mars 2021, Centre de création contemporaine Olivier Debré, jardin François-Ier, 37000 Tours.