Critique
Expositions

Tradition européenne et patrimoine russe : Cartier à l’Ermitage

Le grand musée pétersbourgeois accueille une exposition réunissant des chefs-d’œuvre de sa collection, restaurés avec le soutien de Cartier, et des œuvres historiques uniques du joaillier et horloger français.

Le partenariat entre le musée de l’Ermitage et Cartier a été noué il y a plusieurs années. Depuis 2016, la maison française sélectionne des pièces de la collection d’orfèvrerie de l’institution et aide à leur restauration. Ces choix – une lampe arabe, un coffret de tradition médiévale, un bâton de maréchal ou un flacon à parfum oriental – ne sont jamais le fruit du hasard. Cartier étudie les styles et les techniques historiques de toutes les époques afin de les réinterpréter et de s’en inspirer.

Coffret à bijoux d’Edwige Jagellon, musée de l’Ermitage, Saint- Pétersbourg. © Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, 2020. Photo Sergey Solovyov.

La lampe arabe en cristal de roche est unique non seulement dans les collections de l’Ermitage, mais aussi dans le monde entier. Sa forme inhabituelle (elle rappelle la lampe merveilleuse d’Aladin) a autant séduit des califes du Xe au XIe siècle que des aristocrates de la Renaissance. Au XVIe siècle, les artisans italiens lui ont fabriqué un nouveau pied et ajouté un filet d’or agrémenté d’émaux. Lors de sa restauration, la lampe a été démontée, l’émail a été renforcé et tous les supports ont été rénovés.

les motifs médiévaux européens, l’utilisation de pierres précieuses taillées en cabochon et la combinaison inattendue de nombreuses techniques font de certaines pièces de cartier des œuvres tout à la fois frappantes et intemporelles.

L’intérêt de Cartier pour l’art islamique est bien connu. Le cristal de roche apparaît dans ses créations des années 1910, alors que ses bijoutiers, ont fait revivre à la même période les anciennes techniques de sculpture sur pierre dure des joailliers arabes. Parmi les pièces de la collection historique unique de Cartier, exposées à l’Ermitage, aux côtés de la lampe, figure un pendentif daté de 1912, décoré de deux cabochons de saphir entourés de diamants et de cristal de roche sculpté. Les motifs médiévaux européens, l’utilisation de pierres précieuses taillées en cabochon et la combinaison inattendue de nombreuses techniques font de certaines pièces de Cartier des œuvres tout à la fois frappantes et intemporelles.

Une alliance pour les arts somptuaires

Quelle est la relation entre un pendentif néogothique de 1900 et un étui à cigares de 1947 ? Ils surprennent tout autant que le coffret à bijoux en or et en argent, ornementé de pierres précieuses et de perles, d’Edwige Jagellon, princesse polonaise et duchesse lituanienne, fille du roi Sigismond Ier de Pologne, qui vécut au XVIe siècle. Ce trésor d’orfèvrerie a fait l’objet du partenariat entre l’Ermitage et Cartier en 2018, et sa restauration l’a littéralement transformé. Très peu de chefs-d’œuvre de ce genre ont été conservés. Son étude a révélé que les techniques de différents maîtres et de diverses époques ont été utilisées pour le concevoir. Il est une encyclopédie de l’orfèvrerie médiévale à lui seul. C’est la raison pour laquelle les spécialistes de Cartier, sensibles au patrimoine, y ont prêté attention. L’étui à cigarettes en or rose et jaune et le poudrier Cartier orné de diamants créés au début du XXe siècle s’inscrivent quant à eux dans la tradition joaillière russe de la même époque. Cartier et la Russie ont toujours été étroitement liés : Pierre Cartier y a fait un séjour et la princesse Maria Pavlovna, belle-fille d’Alexandre II, était une fidèle cliente de la maison. Le bâton de maréchal réalisé par le joaillier pétersbourgeois Julius Keibel en 1878 pour Alexandre II rappelle ainsi ces personnages et ces événements importants. Sa restauration a pu être conduite grâce au support de Cartier.

Le partenariat entre l’Ermitage et Cartier pour l’année 2020 s’est porté sur le cabinet surmonté d’une horloge fabriquée par le maître orfèvre Johann Valentin Gevers en Allemagne entre 1700 et 1705. Les visiteurs de l’exposition sont les premiers à contempler cette pièce unique magnifiée par sa restauration. Le cabinet faisait autrefois partie de la dot de Maria Yakovleva Stroganov, et pour Cartier, il est important en tant que symbole du mariage de la tradition européenne et de l’héritage russe.

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« Cartier : Passing on Heritage and Savoir-Faire. Masterpieces from the Hermitage Museum and Cartier Collection », 21 février-18 avril 2021, musée de l’Ermitage, 2, place du Palais, 190000 Saint-Pétersbourg, Russie.