Critique
Expositions

Sublimer notre époque

Rarement montré en Europe, le travail de l’artiste afro-américain Martin Puryear se nourrit de techniques artisanales issues de différentes cultures. Un paysage mis en scène par la commissaire Brooke Kamin Rapaport.

Nicola Trezzi

En ces temps de polarisation, en particulier aux États-Unis, le fait que Martin Puryear soit le représentant officiel de son pays à la Biennale de Venise semble, qu’on le veuille ou non, avoir diverses significations, qu’il convient de garder à l’esprit sans perdre de vue l’aspect le plus important (l’art) et ce qui vient ensuite (la politique). Notons par ailleurs l’implication du Madison Square Park Conservancy, une institution new-yorkaise principalement dédiée à l’art dans l’espace public, dans l’organisation du pavillon. Martin Puryear, dont la voix éminente, bien qu’indépendante, résonne depuis plus de cinq décennies dans le paysage de l’art contemporain américain, continue à nous fasciner par son agencement personnel de formes, de matières, de textures et de nuances.

Selon Brooke Kamin Rapaport, directrice adjointe et conservatrice en chef de Madison Square Park Conservancy, et commissaire du Pavillon américain, l’institution « était ravie de travailler avec Martin pour la réalisation de son projet monumental en plein air Big Bling en 2016. L’expérience acquise lors de la production et de l’installation de cette sculpture est amplement utilisée pour les nouvelles œuvres que l’artiste a créées spécialement pour être placées devant le Pavillon des États-Unis à la Biennale ». Martin Puryear s’empare ainsi de l’espace extérieur, de même que Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla en 2011, mais dans un esprit totalement différent. La commissaire précise en outre que l’exposition, incluant de nouvelles sculptures pour les espaces intérieur et extérieur, ainsi que des pièces existantes, pourrait offrir une sorte de « consécration européenne » à Martin Puryear. En effet, alors qu’il a bénéficié de très nombreuses expositions personnelles dans des institutions aux États-Unis, l’artiste a été peu présenté dans les musées européens. Enfin et surtout, vis-à-vis de la récente appropriation par l’art des technologies, des supports et des structures liées à Internet et à la révolution numérique, son œuvre fait office de contre-discours. Sublimant notre époque, les sculptures de Martin Puryear redéfinissent les mouvements des années 1960 et 1970, tout en leur donnant une extension géographique. Cette caractéristique a à voir avec son identité afro-américaine et son initiation à des techniques et artisanats de différents pays et cultures, de la Suède au Japon. Sous cet aspect – et si l’on prend en compte l’attrait récent pour des œuvres d’artistes reconnus qui sortent des sentiers battus –, son œuvre peut être considérée comme l’illustration de la façon dont l’art contemporain peut nous surprendre, en soulignant simplement la beauté plurielle emblématique de notre environnement.

« Martin Puryear : Liberty/ Martin Puryear – Libertà », Pavillon des États-Unis, Giardini