Critique
Foires et Salons

Parcours : l’art investit la ville de Bâle

La section Parcours d’Art Basel propose un ensemble d’œuvres installées dans différents lieux du centre historique de la ville suisse. Samuel Leuenberger, son commissaire, nous présente quelques-uns des temps forts de la manifestation.

L’installation de Oscar Murillo au UBS Geschäftsstelle Basel. Photo : David Owens

En parallèle aux œuvres exposées à Unlimited dans le Hall 2 sur Messeplatz, le programme Parcours d’Art Basel propose de découvrir des pièces installées dans la vieille ville. Cette année, 21 œuvres sont présentées dans des musées, des jardins, des sièges d’entreprises, un parking futuriste et une forge séculaire.

« Chaque année, je dois redire aux gens que Parcours n’est pas seulement une exposition de sculptures en plein air : c’est bien plus que cela », explique son commissaire, Samuel Leuenberger, également fondateur de l’espace d’exposition à but non lucratif SALTS, dans la banlieue de Bâle. « Les artistes viennent à Bâle pour se promener dans la ville avec moi et choisir ensemble un lieu qui les passionne », souligne-t-il. Seule partie de la foire ouverte gratuitement au public, Parcours distille une atmosphère différente de celle des autres sections. Elle culmine samedi soir, 18 juin, lorsque tous les projets seront accessibles jusque tard dans la soirée, avec musique et performances au programme.

Oscar Murillo, UBS Geschäftsstelle Basel

« Cela fait des années que je voulais travailler avec Oscar Murillo sur Parcours, mais cela n’a jamais abouti. Il présente une fusion de deux projets dans une très grande installation dans le hall du siège social d’UBS. L’un des projets consiste en des chaises de jardin en plastique blanc bon marché que tout le monde possède. Chacune d’entre elles supporte une sorte de panneau de manifestation, mais au lieu d’une revendication, il présente un petit dessin encadré. L’ensemble est entouré d’uniformes accrochés au mur avec un dessin [basé sur des compositions d’enfants]. Tout ceci forme une très belle installation qui a trait à la présence humaine, mais où ne figure personne. »

Tiona Nekkia McClodden, Weiland AG Metallbau Kunstschlosserei

« C’est très excitant : nous avons pu utiliser l’une des plus anciennes forges de la ville, avec cette magnifique salle de stockage voûtée en forme de caverne où l’artiste expose des objets différents chaque jour. Tiona Nekkia McClodden était très intéressée par cet endroit car elle a été initiée à la religion afro-cubaine de la Santería en tant que prêtresse d’Ogun, connu pour être le dieu du fer. Pour Parcours, elle a recréé un achaba de Ogun, une sorte de collier spirituel composé de 21 objets et outils en métal. »

Tiona Nekkia McClodden, Achaba de Ogún (2022). Photo : David Owens

L’œuvre principale au parking Kunstmuseum est une fiat de 1968 découpée et une peinture de Tiepolo

Simon Starling, A-A' B-B' (2019). Photo : David Owens

Simon Starling, Parking Kunstmuseum

« C’est la deuxième fois que Simon Starling participe à Parcours. Il montre un très beau travail dans un lieu tout juste inauguré. Il s’agit d’un parking souterrain, très science-fiction, sur quatre étages, gigantesque et complètement vide – les gens vont le découvrir. L’œuvre principale est une Fiat de 1968 découpée et une peinture de Tiepolo. Le tableau, qui mesurait autrefois huit mètres de long, a été lui-même scindé en deux parties, dont l’une a appartenu au propriétaire de Fiat, à Turin. Simon Starling a placé la voiture et le tableau face à face, dans une sorte de confrontation.»

Jumana Manna, Wild Relatives (2018), Water Arm [I and II] (2018) et Cache (2019). Photo : David Owens

Jumana Manna, Salle de conférences, Kunstmuseum Basel

« C’est un film que je voulais montrer depuis longtemps – presque un long métrage. Il y avait une grande réserve de semences en Syrie, qui a dû être déplacée pendant la guerre. Jumana Manna documente le sauvetage de ces graines et dresse le portrait des personnes qui y ont travaillé. Mais ce film est aussi une œuvre critique sur la migration, le déplacement et la guerre. Jumana Manna a une très belle façon de dépeindre des situations difficiles. »

Bojan Šarčević, Sentimentality is the core (2018). Photo: David Owens

Bojan Šarčević, Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

« Bojan Šarčević est un artiste basé entre Paris et Bâle. Il réalise une intervention au sein du musée des antiquités, dans l’espace de la collection permanente où est présentée la statuaire grecque classique. Il montre la variation d’une œuvre antérieure : trois congélateurs laissés à l’air libre. En ajoutant de l’humidité [à ces appareils], il crée un paysage dramatique à l’intérieur. Chaque appareil possède également son propre système sonore intégré, qui diffuse une bande-son des années 1990, époque à laquelle l’artiste a grandi. »

Lorsque vous entrez au Historisches Museum, vous pouvez passer à travers une sculpture

Jimmie Durham, Arts, Media and Sports (2010). Photo : David Owens

Jimmie Durham, Historisches Museum Basel

« Jimmie Durham est malheureusement décédé l’année dernière. Mais nous avons pu, grâce à sa succession, obtenir une magnifique œuvre que nous exposons à l’entrée de l’Historisches Museum. Lorsque vous entrez, vous pouvez passer à travers une sculpture. Il s’agit d’une imitation d’un portique de sécurité d’aéroport, mais au lieu d’être en métal, Durham l’a bricolé en contreplaqué. Au-dessus, il est écrit « Arts, médias et sports », comme s’il s’agissait de la [porte d’entrée] du monde de la culture. Cela montre à quel point une œuvre peut être simple – elle ne doit pas nécessairement être une imposante sculpture ou une grande installation. Elle a l’air très fragile, mais d’un point de vue politique, social, elle est si poignante : qui est à l’intérieur, qui est à l’extérieur, qui a accès, qui a le droit de dire quelque chose ? »

Parcours, jusqu’au 19 juin 2022, accessible de 10 heures à 20 heures tous les jours, sauf le samedi jusqu’à 23 heures et le dimanche jusqu’à 19 heures, divers lieux, Bâle.