Critique
Expositions

Notre sélection d'expositions pendant Art Basel

Les musées bâlois proposent comme chaque année un riche programme, de dessins inédits issus des archives personnelles de Kara Walker à une nouvelle approche de l’œuvre du peintre impressionniste Camille Pissarro.

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Camille Pissarro : L’atelier de la modernité

Camille Pissarro, Les Glaneuses, 1889. Photo: Kunstmuseum Basel - Jonas Haenggi

Une grande et ambitieuse rétrospective de Camille Pissarro – la plus importante exposition consacrée à l’artiste en Suisse depuis soixante ans – jette un nouveau regard sur l’artiste français, dont « la place dans l’art du XIXe siècle est sous-estimée et mérite d’être réexaminée et réévaluée », affirme le commissaire de l’exposition, Josef Helfenstein. Réunissant près de deux cents œuvres, dont plus de cent peintures, elle présente Pissarro comme le « leader secret » des impressionnistes et souligne son influence sur ses collègues et contemporains, notamment Monet, Cézanne, Degas, Cassatt, Gauguin, Seurat et Signac, dont les œuvres sont présentées en parallèle. Parmi les surprises de l’exposition figure Turpitudes sociales (1889-1890), un album de croquis à l’encre sur l’exploitation des travailleurs dans la société capitaliste. Pissarro l’a dessiné pour ses nièces Esther et Alice Isaacson, qui vivaient alors à Londres. Un autre point fort est le tableau néo-impressionniste Les Glaneuses (1889) conservé au Kunstmuseum, qui est présenté ici associé à la gouache préparatoire réalisée par l’artiste. Jusqu’au 23 janvier 2022, Kunstmuseum Basel Neubau, St. Alban-Graben 8, Bâle.

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Kara Walker: A Black Hole is Everything a Star Longs to Be

Vue de l’installation A Black Hole is Everything a Star Longs to Be de Kara Walker au Kunstmuseum de Bâle. Courtesy Kunstmuseum Basel

La première grande exposition personnelle de Kara Walker en Suisse associe de nouvelles œuvres de l’artiste américaine à six cents dessins, collages et écrits inédits, qui ne sont pas sortis de son atelier ces vingt-huit dernières années. « Elle n’a pas montré ces dessins au public et parfois ne les a pas vus elle-même parce qu’ils étaient trop intimes, trop douloureux ou trop choquants pour que le public s’y confronte », explique la commissaire générale de l’exposition, Anita Haldemann. L’exposition comprend les célèbres découpages de Walker qui traitent des stéréotypes racistes, dont beaucoup sont inspirés des spectacles de ménestrels populaires aux États-Unis au XIXe siècle. Une série de trente-huit dessins à la mine de plomb et à l’encre, acquise par le Kunstmuseum de Bâle en 2019, dépeint de manière sommaire la violence exercée sur les corps afro-américains utilisés comme des cobayes par la médecine au XIXe siècle. Plusieurs des œuvres de l’exposition représentent également l’ancien président américain Barack Obama, que Kara Walker considère comme une figure à la fois héroïque et tragique et qu’elle représente sous diverses formes, notamment en chef de tribu africain et en Othello de Shakespeare, tenant la tête tranchée d’un autre ancien président américain, Donald Trump. Jusqu’au 26 septembre, Kunstmuseum, nouveau bâtiment, St. Alban-Graben 8, Bâle.

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Bruce Conner : Light out of Darkness

Bruce Conner, image tirée de A Movie, 1958. Courtesy du musée Tinguely, Bâle

Au cours de sa carrière dans l’après-guerre, Bruce Conner a réalisé un nombre important de films expérimentaux, dont une sélection est présentée aujourd’hui au musée Tinguely. L’exposition entend montrer que l’artiste est l’une des figures les plus influentes de l’art vidéo du XXe siècle. Bruce Conner est bien connu pour le montage de ses films qui font se succéder les images à un rythme rapide et pour l’association de ses œuvres avec de la musique pop, ce qui a amené certains à considérer son travail comme précurseur des vidéoclips. L’une des meilleures illustrations est Mea Culpa (1981), dans lequel des graphiques animés de films réalisés jadis pour l’enseignement de la physique sont retravaillés pour produire un effet vertigineux. L’exposition montre également comment l’artiste a exploré la crainte d’une apocalypse nucléaire qui a traversé l’Amérique de l’après-guerre : Crossroads (1976), un film de 36 minutes, réunit des images des premiers essais sous-marins de la bombe atomique effectués par les États-Unis sur l’atoll de Bikini en 1946. Neuf des premiers assemblages et installations de Bruce Conner – dont beaucoup sont réalisés avec des matériaux éphémères de faible qualité tels que du nylon, de la cire ou des textiles usés –, rarement vus, sont également exposés. Jusqu’au 28 novembre, Musée Tinguely, Paul Sacher-Anlage 1, Bâle.

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Close Up

Frida Kahlo, Autoportrait à la robe de velours, 1926. Courtesy Fondation Beyeler

L’exposition de portraits et d’autoportraits a pris une résonance inattendue à l’ère des masques anti-Covid obligatoires. « Close-Up » retrace l’évolution du portrait de 1870 à nos jours à travers une centaine d’œuvres de neuf femmes artistes : Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman et Elizabeth Peyton. La commissaire, Theodora Vischer, a conçu ce projet pour ouvrir de nouvelles perspectives et confronter le travail des neuf artistes choisies. Si elles se sont toutes fait connaître individuellement par des expositions solos, leur réunion vise ici à ne plus se focaliser sur leurs histoires personnelles mais à se concentrer sur le pouvoir du regard de l’artiste. Le parcours réunit des œuvres aussi diverses que les tendres scènes de maternité de Mary Cassatt et les caricatures photographiques grotesques de Cindy Sherman. Theodora Vischer explique que le point de départ de sa réflexion a été cette question simple: « qui a réalisé une œuvre excellente et stimulante, et qui, en son temps, a franchi une nouvelle étape dans l’histoire du portrait ? » Le tableau de Lotte Laserstein In My Studio, de 1928, représente par exemple l’artiste de 29 ans sous les traits d’une nouvelle femme androgyne dans le Berlin de la République de Weimar, concentrée devant son chevalet. Au premier plan, la silhouette de son modèle nu allongé est saisie dans les moindres détails – une déclaration visuelle de l’habileté de Lotte Laserstein dans un genre qui, pendant des siècles, a été réservé aux hommes. Jusqu’au 2 janvier 2022, Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Riehen.