Critique
Livres

Les mots de Jacqueline de Jong

À l’occasion du prix d’honneur AWARE, l’association publie un passionnant livre d’entretiens avec l’artiste néerlandaise.

Fondée en 2014 par la commissaire d’exposition Camille Morineau, l’association AWARE, qui agit en faveur de la reconnaissance des artistes femmes, fait un constat terrible : 70 à 80% des principaux prix artistiques sont attribués à des hommes. Sont ainsi créés en 2017 le prix AWARE, réservé à une plasticienne émergente, et le prix d’honneur, destiné à une plasticienne confirmée et accompagné d’un livre d’entretiens.

ce qui frappe, c’est son appétit pour la recherche de solutions plastiques nouvelles.

Après Nil Yalter en 2018, Jacqueline de Jong, lauréate en 2019, s’est donc prêtée à l’exercice. Cette interview au long cours, menée par Gallien Déjean, critique d’art et commissaire indépendant, offre au lecteur une plongée dans l’œuvre d’une des peintres les plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle.

Jacqueline de Jong. Entretien avec Gallien Déjean, Paris, AWARE-Manuella Éditions, 2020, 128 pages, 15 euros. D.R.

Entre fantaisie et engagement

Obsédée par le mélange des influences, la culture populaire et le jeu du hasard, Jacqueline de Jong déploie depuis six décennies une réflexion sur la topologie et les relations de position – lieux de vie et espaces picturaux, homme et animal, majeur et mineur, violence et humour, etc. Avec esprit, elle raconte un parcours foisonnant, tour à tour apprentie actrice, employée de musée, membre de l’Internationale situationniste, fondatrice de la mythique revue The Situationist Times, cultivatrice de pommes de terre et, surtout, artiste. Elle évoque les luttes intestines dans les milieux situationnistes, la vitalité des avant-gardes européennes, son engagement en Mai 68 ou son rapport au féminisme. Mais ce qui frappe, c’est son appétit pour la recherche de solutions plastiques nouvelles, son goût des échanges avec les artistes et les intellectuels, ainsi qu’une vision du monde guidée par la fantaisie.

Sans oublier, à 80 ans passés, un engagement infatigable : « Il faut dire qu’avec ce qu’il se passe en ce moment, la seule chose que l’on puisse faire, c’est de lire, travailler, réfléchir et témoigner. Car il ne faut jamais oublier qu’une crise, qu’elle soit humanitaire ou sanitaire, est d’abord et toujours politique.»

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Jacqueline de Jong. Entretien avec Gallien Déjean, Paris, AWARE-Manuella Éditions, 2020, 128 pages, 15 euros.