Critique
Expositions

Les collections Chtchoukine et Morozov à nouveau réunies en Russie

Cet été, le musée des Beaux-Arts Pouchkine, à Moscou, et le musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, exposent d’un commun accord des oeuvres des deux prestigieuses collections.

Reconstitution de l’intérieur du salon de musique d’Ivan Morozov, avec le cycle Histoire de Psyché (1907) de Maurice Denis. © Musée de l’Ermitage. Photo Alexey Bronnikov

L’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine » qui s’est tenue à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, d’octobre 2016 à mars 2017, si elle a connu un immense succès public, a aussi créé une onde de choc en Russie. Pour la première fois en effet étaient réunies les œuvres issues de l’un des plus importants collectionneurs russes de l’art moderne depuis la dissolution par Joseph Staline, en 1948, du musée de l’Art occidental moderne à Moscou. Depuis, les chefs-d’oeuvre de l’art français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, issus des collections Chtchoukine et Morozov, sont principalement répartis entre le musée des Beaux-Arts Pouchkine, à Moscou et le musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, qui se sont entendus pour présenter cet été chacun un ensemble de tableaux provenant des deux familles d’amateurs d’art.

Le musée moscovite se concentre sur Chtchoukine, mais pas uniquement sur Sergueï, à la différence de l’exposition parisienne. Il met ainsi en évidence un atavisme familial, le début du parcours dévoilant la passion de trois de ses frères : Piotr, aux goûts éclectiques, qui s’intéressa aux antiquités russes et orientales, et acheta un nu d’Auguste Renoir chez Durand-Ruel à Paris en 1898 ; Dimitri, qui collectionna de petits maîtres hollandais, italiens ou français, mais fit aussi l’acquisition de faïences d’Urbino du XVIe siècle ; enfin Ivan, qui tint à Paris un salon fréquenté par l’émigration russe et introduisit ses frères à l’art français. Ce bibliophile émérite, amateur également de peinture espagnole et notamment de Francisco de Goya, vendit sa collection de tableaux (constituée de nombreux faux) pour éponger ses dettes et finit par se suicider.

La majeure partie du parcours moscovite se concentre cependant sur la collection de Sergueï, la scénographie mettant particulièrement en valeur, de part et d’autre de l’escalier monumental du musée, La Danse d’Henri Matisse, et une tentative de reconstitution de l’accrochage dense des Gauguin (et de quelques Van Gogh) dans sa demeure. Matisse, Picasso se succèdent de salle en salle, jusqu’à la dernière qui s’achève sur le portrait en pied de Sergueï par Christian Cornelius (Xan) Krohn.

La peinture française à l’honneur

Ce sont deux autres portraits, signés du peintre russe Valentin Serov, respectivement de Mikhail et d’Ivan Morozov, qui accueillent le visiteur dans l’exposition du musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. La peinture française est ici encore à l’honneur, avec deux moments forts : les trois toiles réalisées par Matisse au Maroc et le Salon de musique d’Ivan. Cette salle, qui réunit un ensemble de peintures de Maurice Denis sur le thème de L’Histoire de Psyché, a été entièrement reconstituée, avec le soutien de LVMH, pour intégrer le parcours permanent du musée.

L’accrochage réunit cent neuf oeuvres, dont certaines seront exposées à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, à partir d’octobre 2020. Peu d’artistes russes ont été sélectionnés dans cette exposition de l’Ermitage, qui témoigne aussi d’un intérêt pour les petits maîtres français et d’un oeil moins sûr que celui de Sergueï Chtchoukine, même si y figure le premier Van Gogh entré dans une collection russe. Chapeau !