Critique
Expositions

Le second sacre de Napoléon

Peu de personnages cristallisent autant de passions que Napoléon Ier. Adulée ou conspuée, la figure de l’Empereur suscite un nombre infini de publications et d’expositions célébrant avec faste un bicentenaire, polémique à souhait…

On connaît le mot célèbre de François-René de Chateaubriand : « Vivant, il a manqué le monde, mort il le possède. » Étrange destinée, en effet, que celle de cette figure aux allures de comète, qui connut en quinze brèves années de règne le frisson des champs de bataille, les ors des palais, la déroute, puis l’exil solitaire sur une île prison…, avant de renaître, auréolé de gloire, aux quatre coins de la planète !

Vue de « Napoléon, l’exposition », Grande Halle de La Villette, Paris, 2021. © D.R.

De la Villette aux Invalides

Coproduite par La Réunion des musées nationaux-Grand Palais, La Villette et Re Re/ Adonis, une grande exposition sobrement baptisée « Napoléon » sacrifie ainsi au mythe, en réconciliant exactitude historique et grand spectacle. Scandé d’extraits de films (d’Abel Gance à Yves Angelo) et d’animations monumentales (dont celle, très réussie, qui identifie les protagonistes du Sacre de l’empereur Napoléon Ier peint par Jacques Louis David), le parcours donne également la parole à d’éminents historiens s’exprimant sur des questions aussi sensibles que le rétablissement de l’esclavage en 1802 ou le terrible bilan humain engendré par les conquêtes napoléoniennes. On ne boudera donc pas son plaisir en cheminant à travers ces period room qui illustrent, avec force détails, les grandes heures de la geste impériale : de la campagne d’Égypte à la salle du trône, en passant par l’un de ses bivouacs.

Le fantôme de Napoléon n’a jamais cessé de hanter les esprits, engendrant un flot d’images et de reliques qui appartiennent désormais à la culture populaire.

Aux fétichistes de Napoléon, l’on ne saurait trop conseiller de porter aussi leurs pas vers l’Hôtel national des Invalides, qui explore à travers deux expositions la permanence du mythe dans la mémoire collective comme auprès des artistes contemporains. Au-delà de la mort, le fantôme de Napoléon n’a jamais cessé de hanter les esprits, engendrant un flot d’images et de reliques qui appartiennent désormais à la culture populaire. Si l’on excepte les deux grandes commandes passées aux artistes Ange Leccia et Pascal Convert (dont l’installation poétique a bizarrement fait polémique), le parcours d’art contemporain apparaît, quant à lui, un brin sage, comme écrasé par l’ombre de l’Empereur.

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« Napoléon, l’exposition », 28 mai-19 décembre 2021, Grande Halle de La Villette, 211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris.

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« Napoléon n’est plus », 19 mai-31 octobre 2021, et « Napoléon? Encore ! », 19 mai 2021-13 février 2022, musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, 129, rue de Grenelle, 75007 Paris.