Critique
Expositions

Jasper Johns en majesté à New York et Philadelphie

Les expositions organisées simultanément dans ces deux villes des États-Unis couvrent les sept décennies de carrière de l’artiste et comprennent plus de 550 œuvres au total.

Jasper Johns est l’une des plus importantes figures de l’art américain d’après-guerre. Au cours de sa carrière longue de sept décennies, l’artiste, aujourd’hui âgé de 91 ans, a conçu une série de motifs toujours changeants et en constante évolution, qu’il a déclinés dans presque tous les supports. En ventes aux enchères, ses œuvres ont battu des records pour un artiste vivant et elles figurent en bonne place dans les meilleures collections d’art contemporain du monde.

Jasper Johns photographié par Ugo Mulas en 1964. © Ugo Mulas Heir

Souvent imperméable aux grandes modes artistiques, il est passé du pop art à l’abstraction, puis est revenu à une forme de figuration, revisitant des images et des techniques antérieures, les recombinant de façon nouvelle. Les critiques d’art ont longtemps cherché un sens plus profond dans son œuvre, au-delà de la question centrale de l’accumulation. Aujourd’hui, Jasper Johns bénéficie de deux importants focus, dans des musées distants de 150 kilomètres, offrant ainsi la plus importante rétrospective de son œuvre à ce jour. Titré « Jasper Johns : Mind/Mirror » et présenté au Whitney Museum of American Art à New York et au Philadelphia Museum of Art, cet accrochage forme une seule et même exposition, présentée simultanément dans les deux lieux, et réunit plus de 550 pièces.

JASPER JOHNS REVISITE SOUVENT LE MOTIF DE LA NATURE MORTE DANS SES ŒUVRES TITRÉS « SAVARIN »

Ses œuvres emblématiques sont ses peintures de drapeaux américains datant des années 1950, dont plusieurs versions sont exposées dans les deux musées. Les parcours sont également riches en prêts internationaux de pièces rarement présentées et d’œuvres issues de la collection de l’artiste, dont beaucoup n’ont jamais été vues du public.

À la fin des années 1960, Jasper Johns commence à réaliser des tableaux comportant plusieurs panneaux marqués par un motif de dalles. Au début des années 1970, il utilise un motif hachuré distinctif, totalement abstrait. La période des hachures atteint sans doute son apogée avec Usuyuki (1982), prêté à Philadelphie par le Sezon Museum of Modern Art de Karuizawa, au Japon, et qui revient aux États-Unis pour la première fois depuis quarante ans.

Jasper Johns, Savarin (1982), exposé au Whitney Museum. © 2021 Jasper Johns and ULAE/VAGA at Artists Rights Society (ARS), New York; Digital Image. © Whitney Museum of American Art

Jasper Johns revisite souvent le motif de la nature morte dans ses œuvres titrés Savarin, qui mettent en scène des pinceaux reposant dans une boîte à café. Un écho fantomatique de cette image apparaît dans un dessin sans titre issu de sa propre collection, datant de 2010 et représentant un vase sur un piédestal, qui est exposé pour la première fois au Whitney Museum.

La mort est une obsession permanente de l’artiste – certaines de ses œuvres les plus récentes mettent en scène le motif du crâne de manière très équivoque, du franchement comique au subtilement satanique. Une série de cinq tableaux de squelettes, achevée en 2019, est ainsi présentée au public pour la première fois à Philadelphie, grâce à un prêt de la Forman Family Collection.

Ce projet bénéficie du commissariat conjoint de Scott Rothkopf, du Whitney Museum, et de Carlos Basualdo, du Philadelphia Museum of Art. C’est ce dernier qui a eu l’idée de présenter la rétrospective dans deux institutions simultanément, affirme Scott Rothkopf. La dimension peu commune de l’exposition lui a donné l’occasion de pouvoir revisiter le travail d’un artiste qui l’a marqué au cours d’une grande partie de sa vie d’adulte, insistant sur la « capacité de réinventions » de Jasper Johns.

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« Jasper Johns : Mind/Mirror », 29 septembre - 13 février 2022, The Whitney Museum of American Art, New York, et The Philadelphia Museum of Art, Philadelphie.