Critique
Livres

Germaine Dulac fait son cinéma

Light Cone publie "Qu’est-ce que le cinéma ?", somme théorique signée par la réalisatrice française, pionnière du 7e art.

Cet ouvrage de Germaine Dulac (1882-1942), consacré à l’histoire et à la théorie du cinéma, a bien failli ne jamais voir le jour. Un fragment tapuscrit dormait dans les archives de la Cinémathèque française quand l’autre partie n’a été redécouverte qu’en 2018, sous la forme de neuf cahiers restés dans la famille de Marie-Anne Colson-Malleville (1892-1971), la compagne de la réalisatrice. Composé de conférences prononcées par Germaine Dulac entre 1925 et 1939, le livre constitue ainsi une source importante pour les historiens, mais aussi pour les cinéphiles. En défricheuse, Germaine Dulac y traite du scénario, de la réalisation ou du montage, elle réfléchit aux rapports du cinéma avec les autres arts, elle interroge ses possibilités expérimentales, scientifiques et pédagogiques.

Germaine Dulac, Qu’est-ce que le cinéma ?, textes réunis par Marie-Anne Colson-Malleville, sous la direction de Clément Lafite et Tami Williams, Paris, Light Cone, 2020, 256 pages, 24,90 euros. D.R.

Visionnaire

Ancienne collaboratrice du journal féministe La Française, Germaine Dulac est éprise de liberté et folle de cinéma. Dès 1915, elle fonde une maison de production et réalise son premier film. La Fête espagnole (1920), qualifié d’« impressionniste » pour les sensations subjectives qu’il traduit et l’usage de moyens propres (déformation, flou, surimpression), lui vaut bientôt la reconnaissance de ses pairs. Elle tourne aussi un scénario d’Antonin Artaud, La Coquille et le Clergyman (1928), considéré aujourd’hui comme le premier film surréaliste. Après une soixantaine de courts et moyens métrages, Germaine Dulac se détourne d’un art devenu trop contraignant à mesure qu’il s’est industrialisé pour diriger les Actualités Gaumont et militer activement en faveur des ciné-clubs.

Elle conçoit le cinéma comme « un œil grand ouvert sur la vie ».

« Le cinéma, affirme-t-elle, est l’art du XXe siècle. » Alors qu’au même moment Vassily Kandinsky prône, en peinture, l’harmonie au sens musical du terme, et rejette l’imitation, elle conçoit le cinéma en des termes comparables, comme une musique visuelle, « un œil grand ouvert sur la vie, un œil plus puissant que le nôtre, qui voit ce que nous ne voyons pas ». Un art visionnaire et indépendant, comme l’était Germaine Dulac elle-même.

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Germaine Dulac, Qu’est-ce que le cinéma ?, textes réunis par Marie-Anne Colson-Malleville, sous la direction de Clément Lafite et Tami Williams, Paris, Light Cone, 2020, 256 pages, 24,90 euros.