Critique
Expositions

À Nice, le cinéma fait son odyssée

La capitale des Alpes-Maritimes fête le 7e art en axant sa Biennale des arts sur les rapports ou les antagonismes entretenus entre les arts visuels et le cinéma.

Romy Schneider dans L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot (1964). © Lobster Films/France 2 Cinéma/mk2 Films

Le centenaire des Studios de la Victorine offre, cette année, une thématique toute trouvée à la Biennale des arts de Nice, après « Un été pour Matisse » (2013), « Promenade(s) des Anglais » (2015) et « École(s) de Nice » (2017). Le principe est de fédérer les principales institutions culturelles de la ville autour d’une programmation commune, dans le respect des spécificités de chaque lieu.

Les musées se font des films

Sous le titre « Nice, Cinémapolis », le musée Masséna dresse, au fil d’un panorama chronologique soigneusement documenté, toute l’histoire qui lie Nice au 7e art. Cela va des frères Lumière à aujourd’hui, en passant par Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1943) ou Le Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot (1955), sans oublier La Nuit américaine de François Truffaut (1973).

Changement d’ambiance au Mamac (musée d’Art moderne et d’Art contemporain) avec « Le Diable au corps », une audacieuse exposition qui s’emploie à examiner les liens ayant uni ou perturbé, pendant une courte période, le cinéma et l’art optique. Avec le recul, on se rend compte à quel point ce mouvement a non pas influencé mais intéressé les cinéastes qui lui ont consacré quelques séquences mémorables.

Il en est ainsi dans Qui êtes-vous Polly Maggoo ? de William Klein, La Prisonnière et L’Enfer de Clouzot, Les Choses de la vie de Claude Sautet, Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy et, bien entendu, Blow-Up de Michelangelo Antonioni. Entre ces séquences, on croise les œuvres de Julio Le Parc, Jesús-Rafael Soto, Yvaral, Francisco Sobrino, François Morellet, Carlos Cruz-Diez, Takis, sans oublier Victor Vasarely ni Nicolas Schöffer, et encore moins les pavillons sonores des frères Bernard et François Baschet, une heureuse redécouverte.

Au musée de la Photographie, Alain Fleischer a droit à une exposition d’envergure. Revêtu de sa double casquette de cinéaste et de photographe, il s’interroge, comme toujours et depuis longtemps, sur ce dilemme visuel : « Qu’est-ce qui distingue une image arrêtée que l’on met en mouvement d’une image animée brusquement figée ? »

Installations filmiques, œuvres récentes et anciennes tentent de répondre à cette épineuse question. Lui aussi plasticien, vidéaste et cinéaste, Clément Cogitore est invité au musée Marc-Chagall pour un dialogue improbable avec le peintre d’origine russe. La fausse bonne idée par excellence, car rien d’autre que des anecdotes visuelles ne relie les deux artistes, dont le travail n’est pas mis en cause pour autant. On en profitera néanmoins pour assister à la projection du dernier Cogitore, Braguino (2017), dans le confortable auditorium du musée, décoré des vitraux de Chagall…

Ben, quant à lui, « fait son cinéma » dans la vaste halle du 109, en y déployant ses œuvres et en y invitant une centaine d’artistes. Nous en reparlerons, de même que de l’exposition retraçant les liens entre Henri Matisse et le cinéma, dernière manifestation de cette odyssée, qui s’ouvrira le 18 septembre au musée Matisse.