Actus
Marché

Sotheby's se fait « bankser »

PHILIPPE REGNIER

Il arrive que des œuvres confiées à des maisons de ventes aux enchères subissent des dommages. Un accident est si vite arrivé ! Qu’une peinture soit détruite selon la volonté même de l’artiste est en revanche rarissime. C’est pourtant ce qui s'est produit vendredi 5 octobre pour l’ultime lot de la vente du soir d’art contemporain de Sotheby’s à Londres. Cette peinture acrylique et aérosol sur toile de Banksy représente l’une des icônes de l’artiste, Girl with Balloon (2006), qui avait été désignée lors d’un vote l'œuvre d’art favorite de Grande-Bretagne en 2017. Alors que l’auctioneer venait d’adjuger le lot pour 1 042 000 de livres sterling, un prix record en livres pour l’artiste, une sirène a retenti et un destructeur de document dissimulé dans le cadre a commencé à découper méthodiquement l’œuvre en fines lamelles, sous le regard médusé de l’assistance. Ce moment est assurément historique, puisque c’est la première fois qu’une œuvre s’autodétruit ainsi en pleine vente aux enchères. Peu de temps après, Banksy a revendiqué son acte sur Instagram dans une vidéo, montrant l’installation du dispositif et expliquant qu’il avait été prévu pour fonctionner en cas de vente de l’œuvre aux enchères. Sotheby’s a déclaré n’avoir pas été informé au préalable de cette « performance », précisant simplement qu’un nombre inhabituel de places dans la salle avaient été réservées par des amis de Banksy. L’artiste était-il lui-même présent dans la salle pour appuyer sur le bouton amenant à la destruction irrémédiable de l’œuvre ?

Capture d'écran du compte instagram de Banksy @Banksy

Banksy est familier des pieds de nez au marché, mais il a frappé un grand coup vendredi. Son acte pose en effet de nombreuses questions juridiques, la destruction ayant eu lieu après l’adjudication. « Nous travaillons à comprendre ce que cela signifie dans un contexte de vente aux enchères, a déclaré Alex Branczik, qui dirige le département d’art contemporain pour l’Europe chez Sotheby’s, à notre collaboratrice Anny Shaw. La destruction fait maintenant partie intégrale de l’œuvre. Nous n’avons jamais rencontré de situation où une peinture était spontanément déchiquetée, tout en atteignant un record pour l’artiste ». Avant de conclure, non sans cynisme : « On pourrait maintenant soutenir que l’œuvre a plus de valeur ». Historique vous dit-on !

Appeared in The Art Newspaper Digital, The Art Newspaper