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La Biennale de Venise a engagé sa transformation structurelle

Roberto Cicutto, président de la Biennale de Venise depuis 2020, souhaite contribuer au sauvetage économique de la Cité des Doges, notamment grâce à une meilleure synergie entre les institutions de la ville.

Roberto Cicutto est président de la Biennale de Venise depuis un peu plus d’un an, mais il a déjà engagé la mutation de cette institution historique. À côté du transfert des archives de la Biennale vers le complexe de l’Arsenal, Roberto Cicutto s’est engagé à transformer la structure – qui organise des expositions et des festivals dans les domaines de l’art, de l’architecture, du cinéma, de la danse, de la musique et du théâtre – en un centre de recherche ouvert toute l’année. Il a également lancé une étude de faisabilité, en association avec d’autres institutions, pour déterminer la meilleure façon de le faire. L’objectif ultime de Roberto Cicutto est de contribuer à sauver Venise du désastre économique.

Roberto Cicutto, nommé en 2020 président de la Biennale de Venise. Courtesy Biennale de Venise

Après avoir été président et directeur général de l’Istituto Luce-Cinecittà de Rome pendant dix ans, Roberto Cicutto a été nommé en janvier 2020 pour succéder à Paolo Baratta, président de longue date de la Biennale. Les débuts ont été difficiles. Roberto Cicutto a dû reporter la Biennale d’architecture de 2020 en raison de la pandémie – bien que les festivals de cinéma, de danse, de musique et de théâtre aient eu lieu – et certains redoutent maintenant qu’une récession imminente ne déclenche une crise profonde dans le domaine culturel.

REPEUPLER LE CENTRE HISTORIQUE DE VENISE ET DIVERSIFIER SON ÉCONOMIE

En outre, la pandémie a décimé l’industrie touristique de Venise, qui représente normalement 3,3 milliards d’euros par an, ce qui rend l’avenir plus incertain pour la population du centre historique de la ville, qui est passée de 175 000 habitants dans les années 1950 à environ 50 000 aujourd’hui.

En mettant en place des programmes d’études communs, les institutions artistiques et universitaires de Venise souhaitent attirer des étudiants, des talents et des investissements dans la ville, repeupler le centre historique et diversifier son économie, explique Roberto Cicutto. « Quiconque vient ici pour étudier l’art contemporain a également accès à la Cappella Marciana, ou à une tradition musicale baroque essentielle. Ce genre d’offre nous rend extrêmement attractifs », affirme-t-il.

La première étape du plan de Roberto Cicutto consiste à transférer les Archives historiques de l’art contemporain (ASAC) – qui comprennent des affiches, des catalogues, des photos, des documents et des supports multimédias remontant à la première Biennale de 1895 – de leur emplacement du quartier de Porto Marghera, situé sur la « terre ferme », à l’Arsenale, dans le centre historique. Grâce à une subvention gouvernementale de 20 millions d’euros, la Biennale transformera une zone de 8 200 mètres carrés située à côté de l’espace d’exposition de la Corderie en un centre abritant les archives, des salles de conférences et de réunion, un lieu de consultation et un centre de conservation. Les travaux d’aménagement devraient commencer sous peu et pourraient être achevés d’ici deux ans, selon Roberto Cicutto.

Les quelque 140 institutions artistiques publiques et privées de Venise attirent chaque année les visiteurs internationaux en masse et contribuent à l’économie de la ville. Dans son nouveau siège, les archives pourront accueillir des chercheurs interdisciplinaires, des résidences et des expositions sur des thèmes tels que le tourisme durable et le repeuplement, explique Roberto Cicutto. « Ce patrimoine doit être utilisé, non pas en tant que référence textuelle, mais pour des études pratiques aboutissant à des résultats concrets », ajoute-t-il.

LA BIENNALE TRANSFORMERA UNE ZONE SITUÉE À CÔTÉ DE L’ESPACE D’EXPOSITION DE LA CORDERIE EN UN CENTRE ABRITANT LES ARCHIVES

Pourtant, alors que les institutions artistiques du monde entier ont présenté la pandémie comme une chance d’abandonner les vieux modèles et de trouver de nouvelles méthodes de travail, Roberto Cicutto craint qu’une récession ne freine ces efforts. « L’art souffre quand l’argent se fait rare, et les gens oublient leurs bonnes intentions quand ils doivent [d’abord] manger », dit-il.

Pour créer un élan, Roberto Cicutto a lancé une étude de faisabilité sur les modalités d’une collaboration entre les diverses institutions artistiques de la ville. Le projet est embryonnaire, mais la Biennale a déjà engagé le dialogue avec le Conservatoire de Venise et l’Accademia di Belle Arti. L’une des propositions initiales est la création par les étudiants de Venise d’une « encyclopédie de la Biennale » pourvue d’une perspective mondiale. Ce travail pourrait servir de base à une série de conférences géopolitiques explorant l’interdépendance historique entre Venise et d’autres villes du monde.

Après le report de la Biennale d’architecture de l’année dernière, Roberto Cicutto a programmé « The Disquieted Muses », une exposition de quatre mois organisée conjointement par les directeurs des six secteurs de la Biennale. À l’aide de matériel provenant des archives, les commissaires ont exploré les 125 ans d’histoire de la manifestation dans un contexte social, de la période fasciste à la guerre froide, en passant par l’aube de la mondialisation.

Aujourd’hui, le président a toujours l’intention d’inaugurer la Biennale d’architecture le 22 mai, comme prévu à l’origine, même s’il reconnaît que la pandémie pourrait conduire à modifier la date de quelques semaines.