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Daniel Cordier, mort d'un résistant, collectionneur et philanthrope

Daniel Cordier à New York en 1960. Courtesy Daniel Cordier / Ordre de la Libération

C’est un homme qui a traversé le siècle et passionnément défendu l’art qui est décédé le 20 novembre à Cannes à l’âge de 100 ans. Jeune homme, Daniel Cordier rejoint le général de Gaulle et la France libre à Londres, puis, après avoir été parachuté en France en 1942, devient le secrétaire de Jean Moulin. C’est ce dernier qui l’initie à l’art, lui qui, comme il l’avait déclaré en 2018 au Monde, n’avait jamais franchi les portes d’un musée. Après la guerre, il commence à collectionner l’art en acquérant notamment des œuvres de Nicolas de Staël. Il ouvre une galerie en 1956 à Paris, près de l’Élysée puis rue de Miromesnil. Il disposera aussi d’espaces à New York et Francfort. « D’avoir pour un marchand un ami de votre sorte c’est un miracle incroyable, une chance comme il n’en arrive qu’à moi. C’est le sol caillouteux faisant tout à coup place à un suave exquis tapis de velours !Trop beau ! Je n’ai pas mérité de pareilles aubaines », écrira Jean Dubuffet à Daniel Cordier en 1957, comme l’a rappelé la Fondation Dubuffet. En 1964 cependant, il cesse ses activités de galeriste, estimant notamment qu’il n’y a pas assez d’intérêt pour l’art contemporain en France. Il poursuit alors sa collection dans l’objectif d’en faire don au musée national d’art moderne. En 1989, il fait une première donation de cinq cents œuvres de soixante-six artistes (de Jean Dubuffet, César, Hantaï ou Matta à Michaux, Bernard Réquichot, Dado ou Fahlström). Cet ensemble est principalement présenté de façon permanente depuis 1999 aux Abattoirs à Toulouse. Ce musée propose d’ailleurs jusqu’au 30 mai 2021 une exposition consacrée à l’art textile – « Sous le fil » – dédiée au 100e anniversaire de Daniel Cordier. Ce dernier fit encore deux autres donations au Centre Pompidou, en 2010 et 2015, en particulier d’objets issus de sociétés non occidentales et de nombreuses archives. « Sans Daniel Cordier, […] le Centre Pompidou n’aurait à l’évidence pas la richesse et la diversité qu’il a contribué à lui apporter. Puisse cette vie exemplaire à plus d’un titre être méditée ! Puisse son irremplaçable philanthropie servir pour longtemps d’exemple ! », a déclaré Bernard Blistène, directeur du musée national d’art moderne. Un hommage national à Daniel Cordier, présidé par Emmanuel Macron, aura lieu dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides jeudi 26 novembre, avant son inhumation au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Appeared in The Art Newspaper France - Daily, 602