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Culture : le gouvernement ferme la porte

Jean Castex lors de son allocution le 10 décembre 2020 D.R.

La décision est tombée comme un couperet jeudi 10 décembre : les musées et lieux d’exposition ne rouvriront pas demain comme Emmanuel Macron l’avait sans doute un peu trop imprudemment annoncé le 24 novembre. Le 15 décembre, « les salles de cinéma, les théâtres, les musées, pourront reprendre leur activité, toujours dans le cadre des protocoles sanitaires qui ont été négociés », avait affirmé le chef de l’État, conditionnant ces réouvertures au ralentissement de la pandémie. Las, le nombre des contaminations n’a pas baissé comme escompté, la circulation du virus restant dangereusement active, certainement aussi stimulée par le froid qui frappe en ce moment l’hémisphère nord. Mais alors que les commerces ont toujours le droit d’être ouverts, les lieux de culture vont rester portes closes pendant les fêtes, à moins qu’ils ne disposent d’une boutique, qui, elle, a le droit d’accueillir le public. Ubuesque ! Il s’agit d’une terrible injustice pour les professionnels de la culture qui ont travaillé les semaines passées pour être prêts pour l’échéance du 15 décembre, et qui, souvent à raison, estiment que leurs lieux représentent moins de risques de contamination que les magasins ou les transports en commun. C’est surtout d’un point de vue symbolique que le message du gouvernement est le plus dévastateur : Pas essentiel comme le chante Grand Corps Malade. Les acteurs de la culture ont aussi le sentiment d’avoir été abandonnés par la Rue de Valois, Roselyne Bachelot défendant maladroitement la position du gouvernement. « Ce qui serait terrible, pour le monde de la culture, c’est ce qu’en bon français on appelle le “stop-and-go”. Rouvrir le 15, avec toutes les difficultés de la réouverture, de la billetterie, du reconditionnement des salles, des répétitions… pour éventuellement les refermer le 2, 3 ou 7 janvier… Je crois que là, on assassinait la culture si on avait fait cela », a déclaré la ministre. Certains syndicats ont déjà fait part de leur souhait de contester devant la justice cette injonction de fermeture. Le Conseil d’État aura-t-il davantage la fibre culturelle ?