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Bruxelles célèbre « l'anarchitecte » Gianni Pettena

À Bruxelles, où les institutions culturelles restent ouvertes, une double exposition-installation célèbre Gianni Pettena, figure majeure de l’architecture radicale italienne des années 1970.

Aux côtés d’Archizoom, Superstudio et UFO nés dans les années 1970, Gianni Pettena – qui a vu le jour à Bolzano en 1940 – est l’un des acteurs de l’architecture radicale italienne. Tous ces mouvements ont eu un impact considérable sur la pratique de l’architecture et du design, en Italie d’abord, puis au-delà de ses frontières. Gianni Pettena a toujours revendiqué et pratiqué une vision élargie de sa discipline afin d’analyser les transformations de l’espace public. Pour ce faire, il se réfère d’une part à la rhétorique du discours politique, et, de l’autre, ancre sa réflexion sur les tendances artistiques d’avant-garde émergeant à l’époque, comme le land art ou l’Arte Povera, qui l’inspireront tant pour ses performances que pour ses installations. Comme pour beaucoup d’artistes de cette génération, il enregistre ces dernières essentiellement par le biais de la photographie, soit de type documentaire, soit de façon séquentielle.

Gianni Pettena, Paper (Midwestern Ocean), performance-installation,1971-2021, ISELP, Bruxelles. © Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès.

Ce sont en majorité ces travaux, et quelques-uns plus récents, qui sont présentés à La Verrière-Hermès, autour d’une installation de sofas rectangulaires et (théoriquement) modulables qui occupent le centre de l’espace et invitent le visiteur à s’y asseoir (Rumble Sofa, 1967). Celui-ci aura alors immanquablement l’attention attirée par l’œuvre sans doute la plus surprenante de l’exposition et l’une des plus emblématiques du travail de Gianni, l’Ice House. Il s’agit de cette maison, située dans la banlieue de Minneapolis, aux États-Unis, que durant l’hiver 1971 l’artiste recouvrit de glace avec ses étudiants pour la transformer en glaçon géant à l’échelle urbaine.

Vue de l’exposition de Gianni Pettena, « Forgiven by Nature », 2021, La Verrière, Bruxelles. © Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

D’autres œuvres éphémères suivirent, comme la Clay House (Salt Lake City, 1972), où, toujours entouré de ses étudiants, il camoufla intégralement d’argile une maison, uniformisant ainsi ses quatre façades sous un même matériau « pauvre », tout en respectant la structure initiale de la construction. C’est à cette période qu’il développe son concept de « l’Anarchitecte », par ailleurs utilisé dès 1962 par Jean Dubuffet pour intituler le 9e album en couleur de sa suite lithographique des Phénomènes (1958-1962).

IL N’A CONSTRUIT QU’UN SEUL PROJET DANS SA CARRIÈRE, SA MAISON-CABANE SUR L’ÎLE D’ELBE EN 1986

Le concept prend pour Gianni Pettena la forme d’un manifeste intitulé L’Anarchitetto. Portrait of the artist as young architect (L’anarchitecte, portrait de l’artiste en jeune architecte, Rimini, Guaraldi, 1973), où il prône la porosité entre les disciplines. Pour lui, l’anarchitecte est « celui pour qui parler d’architecture est un moyen de désigner une condition créatrice destinée à faire de l’architecture, mais qui aboutit à un art de vivre », selon Guillaume Désanges, commissaire de l’exposition. Est-ce pour cette raison qu’il n’a construit qu’un seul projet dans sa carrière, sa maison-cabane sur l’île d’Elbe en 1986 ? Il y met en pratique son rapport privilégié avec la nature, comme peut l’avoir le nomade par rapport au sédentaire.

Non loin de La Verrière, dans les locaux de l’ISELP (Institut Supérieur pour l’Étude du Langage Plastique), Gianni Pettena a fait réactiver l’une de ses installations réalisées pour la première fois en 1971 dans une université américaine, Paper (Midwestern Ocean). Celle-ci se compose de milliers de bandes de papier blanc suspendues au plafond et descendant jusqu’au sol, légèrement écartées les unes des autres. L’installation ressemble à un vaste pénétrable souple, occupant l’intégralité du volume des salles. Munis de ciseaux, les premiers visiteurs sont invités à découper ces bandes de papier pour se frayer un passage dans cette masse flottante, au fur et à mesure de leur progression. Ils créent ainsi des trouées qui finissent par tracer le chemin d’un labyrinthe.

Gianni Pettena, Clay House, 1972, installation, Salt Lake City (Utah, États-Unis). Courtesy de l’artiste et Salle Principale, Paris. © Studio Gianni Pettena

L’installation, au-delà de son aspect ludique initial, interroge ainsi la perception de l’espace à travers son occultation physique. Paradoxalement, elle questionne mieux la relation de l’utilisateur à l’architecture que ne le ferait une construction en dur, puisqu'ici la configuration des lieux est laissée à la libre initiative des participants, sans la moindre contrainte formelle ni hiérarchie décisionnelle.

« Gianni Pettena, Forgiven by Nature », jusqu’au 13 mars, Bruxelles, La Verrière Hermès, 50 boulevard de Waterloo, Bruxelles, et à l’ISELP, 31 boulevard de Waterloo, Bruxelles.

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À voir aussi : « Superstudio Migrazioni », jusqu’au 16 mai, CIVA, 55 rue de l’Ermitage, Bruxelles.