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Prix artistique

Avec le Prix Pujade-Lauraine Carta Bianca, l'art est bon pour la santé

Rapprocher artistes contemporains et patients, tel est l’objectif de ce nouveau prix ambitieux et généreux qui donne carte blanche aux lauréats. Rencontre avec ses fondateurs.

Éric et Isabelle Pujade-Lauraine. Photo : D.R.

C’est un nouveau prix d’art contemporain qui entend bien se démarquer dans un paysage déjà bien rempli. Lancé ce mercredi 30 mars, le Prix Pujade-Lauraine Carta Bianca se distingue d’abord par sa dotation annuelle importante de 100 000 euros, dont 50 000 euros pour le lauréat. Ce qui le place parmi les récompenses internationales les mieux fournies. Surtout, c’est la démarche de ses fondateurs qu’il faut saluer. Éric Pujade-Lauraine, cancérologue renommé, et son épouse Isabelle, haut fonctionnaire du monde de la santé, ont souhaité avant tout relier les artistes et les patients.

L’art, c’est la santé ! Alors que de nombreux prix sont associés à la production d’une œuvre, ce n’est pas le cas ici. « Nous demandons aux artistes une seule chose : créer une passerelle avec les patients plusieurs fois par an, si possible dans leur atelier pour échanger sur le processus créatif autant que sur les œuvres et leur vision du monde », confie Éric Pujade-Lauraine, qui a notamment été chef de service d’oncologie à l’Hôtel-Dieu à Paris et a fondé une association française spécialisée dans le cancer gynécologique. Cette somme pourra être utilisée à sa guise par le lauréat – résidence, bourse de production, aide à la vie quotidienne…

« ECHANGER AVEC LES PATIENTS SUR LE PROCESSUS CRÉATIF AUTANT QUE SUR LES OEUVRES »

Dans le cadre de l’Institut Rafaël, Isabelle Pujade-Lauraine avait déjà initié des liens avec des galeries comme Templon ou Perrotin, souvent avec la présence des artistes au sein d’un parcours d’art-thérapie. Elle est coach professionnelle à la Ligue contre le cancer et travaille sur les problématiques de réintégration personnelle et professionnelle des patients en guérison. « Ce prix peut intéresser les artistes pour entamer une conversation avec des malades à travers un partage émotionnel qui peut engendrer des processus d’échange, explique Isabelle Pujade-Lauraine. Des artistes atteints de cancer ont puisé dans leur art pour se dépasser… ». « Certains artistes qui se posent la question de leur utilité concrète dans la société peuvent se sentir concernés », ajoute son mari.

Comme le nom du prix l’indique, les artistes auront carte blanche. Aucun critère d’âge ou de nationalité. Toutefois, les candidats devront vivre en France ou en Italie et être à un stade de leur carrière « ils peuvent avoir besoin d’un coup de pouce dans leur trajectoire », précise Isabelle Pujade-Lauraine. Tombé amoureux de Naples, où il réside une partie de l’année, le couple a voulu donner une dimension transalpine au prix. Outre le lauréat, les sept autres artistes sélectionnés bénéficieront chacun de 4 000 euros.

« CE PRIX PEUT INTÉRESSER LES ARTISTES POUR ENTAMER UNE CONVERSATION AVEC DES MALADES À TRAVERS UN PARTAGE ÉMOTIONNEL QUI PEUT ENGENDRER DES PROCESSUS D’ÉCHANGE »

Pour Éric et Isabelle Pujade-Lauraine, le monde de l’art contemporain est loin d’être une terra incognita. Depuis une dizaine d’années, le couple a acheté en duo, souvent à la FIAC, des œuvres de Mohamed Bourouissa, Sophie Calle, Pieter Vermeersch, Chiharu Shiota, Philippe Cognée ou encore la jeune Lucile Boiron, nommée à la Bourse Révélations Emerige 2021…

Pour lancer leur prix, ils se sont entourés de pointures. Commissaire d’expositions et ancien directeur de la Fondation Maeght, Olivier Kaeppelin accompagnera le prix en tant que « Grand témoin ». Gloria Sensi, directrice à la galerie Templon, est conseillère artistique. Le comité de « membres experts » est composé de Kathy Alliou, directrice du département des œuvres aux Beaux-Arts de Paris ; Adélaïde Blanc, curatrice au Palais de Tokyo ; Gaël Charbau, commissaire d’exposition ; Chantal Colleu-Dumond, directrice du domaine de Chaumont-sur-Loire ; Cristiana Perrella, commissaire indépendante ; Anissa Touati, commissaire indépendante ; Eugenio Viola, conservateur en chef du Mambo-Museo de arte moderno de Bogota en Colombie ; ainsi que Kathryn Weir, directrice artistique du Madre – Museo d’arte contemporanea Donna Regina de Naples, et qui a travaillé au Centre Pompidou de 2014 à 2019.

Les délibérations du jury auront lieu à Naples en juin, suivis de l’annonce des lauréats et du Premier prix. Enfin, à l’automne, la remise du prix devrait probablement prendre place dans la semaine artistique d’octobre, autour de la foire Paris+.