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À Bâle, un nouveau regard sur la scène française ?

PHILIPPE REGNIER

Dans un contexte qui peut parfois apparaître comme par trop pessimiste, où les fermetures de galeries à Paris font les gros titres, l’édition 2018 d’Art Basel, qui se déroule cette semaine, envoie a contrario de nombreux signaux positifs quant à la santé de la scène française. La première foire mondiale dans le domaine de l’art moderne et contemporain, considérée souvent comme le baromètre du marché de l’art mais qui cherche à être un indicateur sur les créateurs qui comptent en dehors de leur stricte valeur marchande, ouvre largement ses portes cette année aux artistes et galeristes de la scène hexagonale. 32 enseignes disposant d’un espace en France participent en effet à la manifestation.

Georges Mathieu, Hommage au Connétable de Bourbon, 2 avril 1959, huile sur toile, 250 x 600 cm. Applicat-Prazan, Paris

Réservé à l’art émergent, le secteur Statements, où galeristes et artistes français n’ont pas particulièrement brillé ces dernières années (avec une totale absence lors de certaines éditions), accueille deux enseignes parisiennes (Antoine Levi avec Alina Chaiderov et Mor Charpentier avec Lawrence Abu Hamdan) mais aussi des artistes français, Aude Pariset et le duo Daniel Dewar et Grégory Gicquel, lauréat du Prix Marcel Duchamp 2012. Il est aussi significatif qu’ils soient présentés par des enseignes étrangères, Sandy Brown (Berlin) pour la première, Jan Kaps (Cologne) pour les seconds. Unlimited, secteur réservé aux œuvres de grandes dimensions curaté par Gianni Jetzer, expose pour cette édition 10 % d’artistes de la scène française, d’Yto Barrada (Pace Gallery) et Camille Henrot (König Galerie, kamel mennour, Metro Pictures) à Barthélémy Toguo (Galerie Lelong & Co) et Carlos Cruz-Diez (Galeria Raquel Arnaud).

La présence à Bâle cette année de figures historiques qui sont loin de bénéficier de la place qui leur revient en dehors de l’Hexagone, présage peut-être d’un changement du regard international sur l’art en France depuis les années 1950. Ainsi, Unlimited accueille Arman (Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois), Claude Viallat (Templon) ou Georges Mathieu (Applicat-Prazan), tandis que dans le secteur Feature, la Galerie Bernard Bouche met à l’honneur Etienne-Martin. Cette présence française est aussi patente du côté des émergents sur la petite foire Liste, qui a choisi cette année 8 enseignes françaises, contre 6 allemandes, 5 suisses ou 7 anglaises. Il est peut-être temps de prendre conscience de ces signaux positifs.

Appeared in The Art Newspaper Digital, The Art Newspaper