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50 ans après, Jean Dubuffet revient au Royaume-Uni

La Barbican Art Gallery, à Londres, accueille la première rétrospective de l’artiste outre-Manche depuis cinquante ans, mettant l’accent sur son influence sur les artistes contemporains mais aussi sur les liens entre art brut et brutalisme.

« Brutal Beauty » est la première grande exposition de l’œuvre de Jean Dubuffet au Royaume-Uni depuis plus de cinquante ans. Pourtant, comme le souligne la commissaire Eleanor Nairne, Dubuffet est resté une source d’inspiration pour plusieurs générations successives d’artistes. Le début de la carrière de David Hockney a été fortement marqué par sa visite de l’exposition de Dubuffet à l’Institute of Contemporary Arts de Londres en 1955, explique Eleanor Nairne. Jean-Michel Basquiat est quant à lui « tombé totalement amoureux » des paysages « tumultueux » du Français et de ses gribouillages, ajoute-t-elle. L’idée de l’exposition actuelle est née suite à la visite par la commissaire d’ateliers d’artistes contemporains et de la constatation qu’ils avaient « intégré de façon patente son travail dans leur propre pratique ».

Jean Dubuffet à Paris en 1972. © Archives Fondation Dubuffet, Paris. Photo: Francis Chaverou

Jean Dubuffet est devenu artiste sur le tard, au début de la quarantaine. Et pourtant, son catalogue raisonné compte la bagatelle de 38 volumes. Une rétrospective exhaustive est donc impossible à organiser, ce qui offre un grand « potentiel créatif » pour les commissaires, affirme Eleanor Nairne. Dans l’exposition que cette dernière propose, elle a voulu apporter un éclairage spécifique sur le « lien lumineux entre Dubuffet et sa passion pour l’art brut et l’histoire du brutalisme», pour faire écho à l’architecture du Barbican, l’un des meilleurs exemples du brutalisme à Londres.

DAVID HOCKNEY A ÉTÉ FORTEMENT MARQUÉ PAR SA VISITE DE L’EXPOSITION DE DUBUFFET À L’INSTITUTE OF CONTEMPORARY ARTS DE LONDRES EN 1955

Jean Dubuffet, L’Extravagante, 1954. ©ADAGP, Paris et DACS, Londres 2020. Photo: Joseph Coscia Jr / Pace Gallery

L’art brut est un terme inventé par Dubuffet pour décrire les œuvres « créées dans la solitude et à partir d’impulsions créatives pures et authentiques », souvent par des personnes atteintes de maladie mentale. Le qualificatif d’architecture brutaliste a été créé par Reyner Banham en ayant en partie à l’esprit l’art brut. « Ces deux éléments sont plus étroitement liés que vous ne l’imaginez », observe Eleanor Nairne. La commissaire estime également qu’il existe un parallèle entre la carrière de Dubuffet – qui commence « au milieu de l’Occupation dans les années 1940 » et se poursuit jusqu’à sa mort en 1985 – et l’histoire du Barbican, qui est passé des ruines du Blitz à un complexe dont la construction s’est achevée en 1982.

Jean Dubuffet, L’escampette, 1964. © ADAGP, Paris et DACS, Londres. Courtesy Stedelijk Museum Amsterdam

Une photographie de Brassaï du Paris de l’après-guerre ouvre l’exposition, évoquant le « contexte [de lieux] dévastés » qui était « une source d’inspiration essentielle pour Dubuffet ». Le parcours conduit ensuite le visiteur à travers ses séries clés, depuis les premières études de figures jusqu’aux paysages denses qui ont inspiré Basquiat, en passant par Paris Circus dans les années 1960 et les formes imbriquées de L’Hourloupe. Des pièces issues de deux différentes périodes de sa riche collection d’art brut – les années 1940 et 1960 – complètent cette exposition monographique de l’artiste à Londres.

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« Brutal Beauty », jusqu’au 22 août, Barbican Art Gallery, Londres, Royaume-Uni.