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Marché de l'art

Patrizia Sandretto Re Rebaudengo : « Madrid est aussi un pont vers l’Amérique latine »

La collectionneuse a choisi la ville espagnole pour développer une extension de sa Fondation, basée à Turin.

La collectionneuse a choisi la ville espagnole pour développer une extension de sa Fondation, basée à Turin. © Andrea Basile, courtesy Fondazione Sandretto Re Rebaudengo

Le 25 septembre 2017, vous annonciez la création de la Fundación Sandretto Re Rebaudengo Madrid : « La nouvelle Fundación ouvrira ses portes en 2019, dans les espaces de la Nave 9, l’un des bâtiments du début du XXe siècle de Matadero, Centrode creación contemporánea, qui a été inauguré en 2006 par l’Ayuntamiento de Madrid. » Quel est l’état d’avancementdu projet ?

Le projet de la Fundación Sandretto Re Rebaudengo à Madrid a pris un peu de retard, mais nous sommes impatients de commencer à travailler en Espagne. Pour coïncider avec ARCO, nous ouvrons une première exposition dans la ville, consacrée à Ian Cheng, organisée par Hans Ulrich Obrist à la Fundación Fernando de Castro. Nous lançons également un programme de résidence de jeunes conservateurs espagnols pendant la Foire, coordonné par un conservateur espagnol, Alejandro Alonso Díaz. Nous avons créé ce programme de résidence de jeunes conservateurs en Italie, en 2007. Chaque année, trois d’entre eux, issus des meilleures écoles de conservation internationales, sont invités par la Fondation à voyager pendant quatre mois en Italie pour rencontrer des artistes et des galeristes, visiter des musées, des fondations et des espaces indépendants à Turin, Milan, Venise, Rome, Bologne, Naples et Palerme. La résidence se termine par une exposition à la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo, réunissant des œuvres d’artistes italiens découverts lors du voyage. En Italie, le projet a permis à de jeunes commissaires du monde entier de développer leurs capacités intellectuelles et professionnelles et à des artistes italiens de se faire connaître. Nous sommes vraiment ravis de proposer ce programme en Espagne et d’offrir ainsi plus d’opportunités aux artistes espagnols et aux conservateurs internationaux.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées expliquant le retard du projet madrilène ?

En 2017, la Ville de Madrid a accepté de nous prêter un espace à l’intérieur du Matadero afin d’y installer le siège espagnol de la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo pendant cinquante ans. Depuis lors, nous nous efforçons de trouver des solutions aux problèmes structurels du bâtiment Nave 9 ; mais, après l’arrivée du nouveau maire, nous avons convenu de travailler ensemble pour rechercher un autre lieu. Nous restons attachés à Madrid et à l’Espagne. Notre premier programme de résidence pour jeunes commissaires espagnols et la première exposition personnelle de Ian Cheng dans ce pays marquent le début de ce travail.

En quoi consiste cette exposition consacrée à Ian Cheng ?

Célèbre à l’échelle internationale pour son travail sur l’intelligence artificielle, Cheng a bénéficié d’expositions personnelles dans des espaces d’art contemporain de premier plan tels que les Serpentine Galleries, à Londres, et le MoMA PS1, à New York. L’artiste expose à Madrid de nouvelles œuvres aux côtés de la trilogie Emissaries – dont le premier chapitre a été produit par la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo en 2015 – et de l’installation interactive BOB (Bag of Beliefs). À ARCO, Ian Cheng et Hans Ulrich Obrist présenteront Emissaries Guide to Worlding – un livre coproduit par la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo et les Serpentine Galleries à l’occasion de l’exposition en deux parties de l’artiste aux Serpentine Galleries en 2018.

« Nous entendons soutenir les jeunes artistes et promouvoir la connaissance de l’art contemporain et son rôle social, dans le but de rapprocher l’art du public. »

Comment fonctionnera la Fundación Sandretto Re Rebaudengo Madrid ?

La FSRR Madrid travaillera avec des artistes, conservateurs et institutions espagnols pour aider à ouvrir l’art contemporain au public, à travers des expositions et des programmes éducatifs. Comme nous l’avons fait à Turin, nous formerons des diplômés des écoles d’art et des universités locales afin qu’ils deviennent des médiateurs artistiques. Ces derniers permettent aux visiteurs d’approfondir et de comprendre l’art dans nos expositions en faisant des suggestions, en stimulant le débat et en se concentrant sur les interprétations de chacun. Ils font de l’espace d’exposition un lieu où découvrir l’art et apprendre continuellement – ce en quoi nous croyons beaucoup.

Pourquoi avoir choisi Madrid après Turin ?

J’ai toujours considéré l’Espagne comme ma seconde maison – j’ai passé beaucoup de temps dans le pays et je parle couramment l’espagnol. J’ai choisi Madrid non seulement parce qu’elle est une grande capitale européenne, mais aussi un pont vers l’Amérique latine, un continent dont l’importance grandit sur la scène de l’art contemporain.

Que montrerez-vous à Madrid ?

Comme nous le faisons à Turin depuis vingt-cinq ans, nous entendons soutenir les jeunes artistes et promouvoir la connaissance de l’art contemporain et son rôle social, dans le but de rapprocher l’art du public. Après l’exposition d’œuvres de Ian Cheng ce mois-ci, cet été verra le premier programme de résidence de jeunes conservateurs espagnols se terminer par une exposition d’œuvres d’artistes espagnols.

Vous concentrerez-vous sur l’art espagnol et latino-américain ?

La Fundación Sandretto Re Rebaudengo Madrid mettra l’accent sur les artistes et les professionnels en lien avec les arts espagnols, de la même manière que les artistes et les professionnels en lien avec les arts italiens ont toujours été une priorité à Turin. Grâce au programme de résidence de jeunes conservateurs, nous offrirons aux artistes de tout le pays des occasions de se faire connaître. Trois conservateurs internationaux visiteront l’Espagne au printemps, puis exposeront des œuvres des artistes découverts pendant la résidence. Nous espérons également inclure des artistes d’Amérique latine. Ayant déjà établi des liens entre des conservateurs latino-américains et des artistes italiens grâce au programme de résidence des jeunes conservateurs italiens, nous envisageons d’élargir notre travail avec les artistes latino- américains à Madrid au cours des mois et des années à venir.

Travaillez-vous avec la Foire ou avec d’autres institutions espagnoles ?

Oui, nous travaillons en étroite collaboration avec ARCO. Je visite la Foire depuis de nombreuses années et suis présidente du Comité international de la Fundación ARCO. C’est avec grand plaisir que nous annoncerons tous les détails de notre programme inaugural de résidence de jeunes conservateurs espagnols à l’occasion d’ARCOmadrid, grâce au soutien de sa directrice, Maribel López. Nous sommes en discussion avec le ministère espagnol de la Culture au sujet d’un certain nombre de collaborations et recherchons des rapprochements avec d’importantes institutions espagnoles pour le développement de notre travail à Madrid. Par exemple, les jurés de notre programme de résidence comprennent des représentants du Centro de arte Dos de mayo, de La Casa Encendida et du ministère de la Culture.