Interviews
Le monde de l'art face à la crise du Covid-19

Catherine Grenier : « Nous devons contribuer à maintenir une vie culturelle plus que jamais nécessaire »

Chaque jour pendant la crise du Covid-19, The Art Newspaper donne la parole aux dirigeants des grandes institutions artistiques. Catherine Grenier est la directrice de la Fondation Giacometti.

Conférence de Simon Njami « Quoi la modernité ? » dans le cadre du programme de recherche « École des Modernités ». Courtesy Fondation Giacometti, Paris

Comment vivez-vous personnellement ce confinement ?

Le confinement nous oblige à repenser nos habitudes de travail et d’échanges. C’est une situation exceptionnelle, qui annonce des bouleversements à venir. Elle nous impose, à nous qui ne sommes pas en première ligne – comme le personnel médical ou les malades –, de prendre notre mal en patience et d’être créatifs. Nous devons contribuer à maintenir une vie culturelle plus que jamais nécessaire, chacun à sa manière et avec ses compétences.

Comment votre institution s’est-elle organisée ?

Dès les premières annonces, nous avons privilégié la sécurité de notre équipe et du public et fermé l’Institut Giacometti. Depuis, nous télétravaillons grâce à un équipement informatique. La fondation est organisée sur deux sites : le siège social, situé dans une maison achetée par Annette Giacometti, et l’Institut Giacometti. Nous avons donc l’habitude de communiquer et travailler à distance. Nous organisons aussi des expositions dans le monde entier en collaborant à distance avec nos partenaires : en utilisant Skype en Europe, WeChat avec la Chine, Teams, WhatsApp, etc. Pour nous, le travail continue donc, avec de nouvelles modalités. Le confinement est l’occasion de nous concentrer sur des projets à long terme. C’est le cas du projet d’édition de la correspondance d’Alberto Giacometti avec sa famille, qui fourmille de renseignements inédits sur l’artiste, et de celle qu’il a entretenue avec André Breton. Nous avons aussi des projets d’édition indépendants des expositions. Et nous restons très présents à notre réseau de partenaires internationaux, avec lesquels nous maintenons nos projets futurs. Nos partenaires chinois, avec lesquels nous avons signé un accord de cinq ans, sortent du confinement et nous poursuivons avec eux le travail engagé en collaboration avec le musée national Picasso-Paris pour l’ouverture d’un nouveau musée à Pékin.

Un jour/Une œuvre sur Instagram « À la recherche des œuvres disparues ». Courtesy Fondation Giacometti, Paris

NOTRE COMPTE INSTAGRAM EST L’UN DES RELAIS DE L’EXPOSITION INTERROMPUE

Sur quels projets travaillez-vous pendant cette période ?

L’institut Giacometti a fermé ses portes sur l’exposition « À la recherche des œuvres disparues ». Une exposition au sujet original, centrée sur une période méconnue de Giacometti, qui connaissait un vrai succès public et de presse. Nous ne voulions pas perdre contact avec ce public et avons souhaité maintenir l’Institut en activité. Les grandes lignes du projet se poursuivent, sous une forme dématérialisée : exposition, recherche et pédagogie se prolongent dans une version 2.0. « L’institut reste ouvert chez vous » est le mot d’ordre des propositions alimentées chaque jour par l’équipe. Notre compte Instagram est l’un des relais de l’exposition interrompue, avec la présentation quotidienne d’une des sculptures disparues. Chaque œuvre est accompagnée d’un commentaire sur son histoire et ses conditions de disparition. Comme les musées, nous avons de nombreuses ressources accessibles sur notre site web, qui permettent d’apprendre beaucoup de choses sur Giacometti : la base illustrée qui recense ses œuvres, des œuvres commentées, des textes thématiques… On y trouve aussi les conférences de notre programme de l’École des modernités, qui reçoit des historiens de l’art moderne internationaux réputés. La recherche et la pédagogie sont deux composantes importantes de notre activité, comme de notre offre au public. Développer l’offre en ligne était déjà notre intention, le confinement donne un coup d’accélérateur.

Atelier pour enfant à faire en famille d’après l’Atelier de Giacometti. Courtesy Fondation Giacometti, Paris

Quels dispositifs avez-vous ou allez-vous mettre en place pour rester en contact avec le public ?

L’équipe a souhaité garder le contact avec le public en donnant des conférences en ligne. Plusieurs sont déjà programmées : Serena Bucalo-Mussely évoquera la première période de Giacometti et son passage à l’Académie de la Grande Chaumière et Thierry Pautot ranimera l’esprit de l’atelier de Giacometti. Ces conférences seront accessibles en direct, avec la possibilité pour les participants d’interagir avec les conférenciers depuis leurs appartements. Des conférences de l’École des modernités seront aussi organisées en ligne, avec des intervenants très éloignés géographiquement. L’équipe de médiation a conçu de nouveaux outils pour aider les familles à occuper leurs enfants d’une manière à la fois ludique et pédagogique, en lançant des « challenges » sur les réseaux sociaux, via le fil #GiacomettiChezVous où seront postées les créations des enfants autour de leur atelier idéal. Giacometti a passé plus de 40 ans dans un atelier de 24 m2 dont son activité créatrice réduisait les frontières, nous espérons que ces propositions permettront au public de mieux vivre cette période difficile.

www.fondation-giacometti.fr