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Musées et Institutions

Nicolas Bourriaud : « Nous lançons une exposition dans laquelle se côtoient des artistes qui explorent la réclusion »

The Art Newspaper Daily donne la parole aux dirigeants des grandes institutions artistiques. Nicolas Bourriaud est directeur général du MO.CO. (Montpellier Contemporain).

Nicolas Bourriaud. Photo : Henry Roy D.R.

Comment vivez-vous personnellement ce confinement ?

2019 a été une année très chargée pour moi, entre l’ouverture de l’Hôtel des Collections, qui complétait le dispositif MO.CO, l’exposition « 100 artistes dans la ville » à Montpellier également, et enfin la Biennale d’Istanbul dont j’étais le curator. Donc, si je dois tirer quelque chose de positif du confinement à titre personnel, je dirais que c’est une ponctuation. Et une sorte de retraite – on est dans un temps monastique. J’en ai profité pour terminer mon prochain livre, Inclusions. Esthétique du capitalocène, qui devrait paraître à l’automne. Et pour lire, relire, beaucoup. Ma pile « non lue », qui s’était considérablement élevée depuis trois ans, est en passe de disparaître. À part ça, j’en profite pour cuisiner : d’une part, j’essaie d’acquérir des connaissances sur les pratiques écoresponsables, en recyclant des restes ou des épluchures. Et d’autre part, je me perfectionne dans les principes de la cuisine chinoise ou des baltis indiens.

J’EN AI PROFITÉ POUR TERMINER MON PROCHAIN LIVRE

MO.CO. Hôtel des collections. Photo : Yohann Gozard, D.R.

Comment le MO.CO s’est-il organisé ?

Nous avons une réunion de direction sur Teams chaque vendredi, une réunion curatoriale le mardi sur Skype, et des discussions plus spécifiques chaque jour… La première décision a été de prolonger « Mecaro. L’Amazonie dans la collection Petitgas » à l’Hôtel des Collections, et « Permafrost. Les formes du désastre » à La Panacée, toutes deux jusqu’à fin septembre, en leur adjoignant un programme estival qui soulignera l’actualité de ces deux expositions dans le contexte que nous vivons. Enfin, nous avons dû reporter les expositions personnelles de Marilyn Minter et Betty Tompkins à l’été 2021, et la présentation de la collection Zinsou en mars prochain.

Sur quels projets travaillez-vous pendant cette période ?

Pour cet automne, nous préparons une exposition qui fera le point sur la première décennie du siècle, il s’agira de la première rétrospective des années 2000, à travers l’extraordinaire collection Cranford, basée à Londres. En même temps, à La Panacée, aura lieu « Possédé.e.s », un projet de Vincent Honoré, qui établit une analogie entre les corps exclus et les pratiques magiques de possession, autour d’une nouvelle génération d’artistes internationaux. Nous travaillons aussi sur une exposition consacrée à la scène sudiste, aux artistes travaillant autour de Montpellier, au centre d’un territoire naturel qui va d’Arles à Narbonne, en passant par Nîmes et Sète. À l’automne, nous organisons l’exposition de Gaëlle Choisne, qui interviendra au musée archéologique de Lattes, et nous préparions pour septembre une exposition à la Biennale de Gwangju, en Corée, pour laquelle nous sommes l’une des trois institutions invitées… Mais on vient d’apprendre qu’elle va être reportée.

Vue de l’exposition « Mecaro. L’Amazonie dans la collection Petitgas », MO.CO. Hôtel des collections, 2020. Photo : Marc Domage, D.R.

Quels dispositifs avez-vous mis ou allez-vous mettre en place pour rester en contact avec les étudiants et le public ?

En ce moment, nous mettons en ligne nos archives audiovisuelles, au rythme de deux par semaine. Un programme initié avec les conférences de Saâdane Afif, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Pakui Hardware et Suzanne Husky, bientôt Emanuele Coccia. Nous produisons aussi des visites virtuelles de nos expositions en cours, des podcasts réalisés par l’équipe curatoriale et les médiateurs du MO.CO. Et autour du hashtag #stayhomemakeart, nous lançons une exposition participative en ligne, dans laquelle se côtoient des artistes qui explorent la réclusion ou l’univers domestique, comme Gregor Schneider ou Erwin Wurm, et quiconque nous enverra son œuvre de confinement. Pour ce qui est des étudiants, l’école supérieure d’art de Montpellier fait partie du MO.CO, et toute l’équipe contribue à la poursuite de leurs études. Les cours en ligne et le suivi de leurs projets sont en place. Les circonstances nous ont d’ailleurs amenés à inventer un concours d’admission original : nous avons demandé aux 350 candidats (un record, en passant) de répondre à quelques questions par l’envoi d’une vidéo, qui comprend une séquence « libre », nous permettant de mieux évaluer leur créativité et leur sens critique.