Courtesy IFAR

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Une arnaque de faux Pollock vise les collectionneurs débutants aux États-Unis

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L’auteur de l’arnaque maintient qu’un riche collectionneur serait devenu fou et aurait légué toutes ses oeuvres à ses domestiques. Cependant, aucune trace de tout cela n’a été retrouvée dans les archives officielles.

Quatre contrefaçons d’œuvres de Jackson Pollock ont été découvertes par la Fondation internationale pour les recherches sur l’art (IFAR). Elles ont fait surface en 2013, lorsque trois propriétaires les ont amenées à des experts pour les identifier. L’ensemble des tableaux serait issu de la collection privée d’un certain James Brennerman, dont l’identité est fictive.

L’IFAR, qui aide à authentifier les œuvres de l’artiste depuis 1995, a ouvert une enquête à cet effet. La fondation a trouvé onze images des contrefaçons, dont une en ligne. Toutes ont l’air de venir du même dépôt.

Pourtant, les dossiers qui accompagnent les faux laissent penser qu’il en existe davantage. Selon ces documents, James Brennerman possédait 700 tableaux de Jackson Pollock, ainsi que des œuvres de Franz Kline, Willem de Kooning, Auguste Renoir, Claude Monet, Childe Hassam, Mark Rothko, Édouard Manet, Edward Hopper, Robert Motherwell et Arshile Gorky.

Contrairement au scandale des contrefaçons des grands maîtres en Europe (plus souvent connu sous le nom d’« affaire Beltracchi ») et aux faux vendus par la galerie Knoedler, cette escroquerie ne vise pas les acheteurs riches qui se meuvent dans les grands centres d’art, mais plutôt les collectionneurs modestes. « [Les victimes de l’escroquerie] ne sont pas des marchands d’art professionnels. Il s’agit d’un public complètement différent de celui auquel on est habitués », explique Sharon Flescher, directrice exécutive de l’IFAR.

Si la galerie Knoedler avait vendu, à l’époque, une seule contrefaçon à des millions de dollars, cette gamme de faux Pollock est vendue à des prix beaucoup plus bas et vise une communauté moins sophistiquée. Par conséquent, « [Les contrefaçons] circulent plus facilement », selon Sharon Flescher.

Le dossier documentaire raconte que James Brennerman était un immigré allemand qui s’était installé à Chicago dans les années 1940. Vers 1968, lui et un ami collectionneur, Charles Farmer, auraient acheté 748 œuvres de Jackson Pollock (qu’ils auraient payées en espèces) à Lee Krasner, veuve de Pollock. Deux ans plus tard, en 1970, James Brennerman aurait racheté la part de Charles Farmer. Une correspondance entre les deux collectionneurs témoignerait de ces faits. Les lettres, toutes de James Brennerman, sont souvent rédigées en « très mauvais allemand », selon la revue de l’IFAR. Celui-ci aurait également pris soin de noter ses délires sur papier : « Je me dirige vers une autre planète sur laquelle j’aurais le pouvoir. Je suis destiné à devenir un Dieu », lit-on dans une de ses lettres.

L’IFAR suggère que ce personnage a été caractérisé comme un fou solitaire dans le but d’expliquer pourquoi les œuvres n’ont jamais exposées. Ce serait aussi une manière de justifier pourquoi ce dernier aurait tout légué à ses domestiques, Bert et Ethel Ramsey, à sa mort, en 1974.

Le propriétaire d’un club de strip-tease à Roanoke, en Virginie, dit avoir acheté des œuvres à la famille Ramsey. Pourtant, l’IFAR ne trouve pas non plus de trace de Charles Farmer ou de Bert et Ethel Ramsey. Le dossier à l’appui des œuvres, qui est sensé inclure des photos du domaine de James Brennerman, montre en réalité le château des Sforza à Milan, la fontaine de Neptune à Madrid et une église bavaroise du XVIIIe siècle.

Toutes les recherches de l’IFAR semblent donc indiquer que les tableaux sont des faux. Cependant, l’organisation a quand-même analysé les œuvres pour « clore définitivement le débat », selon Sharon Flescher. Les analyses ont déterminé que des matériaux inhabituels avaient été employés pour peindre les œuvres. On y retrouve en effet des traces de peinture acrylique, alors que Jackson Pollock en a rarement utilisé et que celle-ci n’était pas vraiment accessible avant les années 1980.

« Si ces faux avaient été amenés à des galeries ou à des centres d’art majeurs, ils auraient immédiatement été identifiés comme étant des pastiches peu sophistiqués. Les marchands d’art auraient immédiatement eu des soupçons en voyant des prix aussi bas », dit Sharon Flescher.

Au moins une peinture rejetée par l’IFAR a été revendue et son nouveau propriétaire a contacté l’organisation pour l’authentifier. De son côté, le faussaire a l’air d’avoir appris de ses erreurs… Quand l’IFAR a reçu le quatrième faux de la collection James Brennerman en 2015, le dossier ne comportait plus les photos et les documents qui avaient été signalés comme étant louches.

Appeared in The Art Newspaper Digital, 2017