© Éric Sander

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La nature de l'art reprend vie à Chaumont

Au domaine de Chaumont-sur-Loire, la Saison d’art 2020 réunit, entre château et jardins, les créations d’une dizaine d’artistes, de Giuseppe Penone à Joël Andrianomearisoa, en passant par Marinette Cueco ou Philippe Cognée.

Aux portes du domaine, une œuvre de Giuseppe Penone accueille des visiteurs en mal de verdure. Soutenu à l’horizontale par de frêles branches et brisé en deux parties, l’imposant tronc en bronze est recouvert d’une fine couche dorée à l’endroit de sa cassure. « Le signe que la vie continue à circuler malgré la douleur et la mort », suggère la directrice des lieux, Chantal Colleu-Dumond, qui a réussi en plein confinement à installer la pièce avec les seules instructions de l’artiste, absent, et des équipes réduites. Malgré les conditions chaotiques, toutes les œuvres prévues pour la Saison d’art 2020 étaient bien en place pour la réouverture des jardins et du château de Chaumont-sur-Loire, dès le 12 mai. « Nous n’avons renoncé à rien ! », confirme Chantal Colleu-Dumond.

Tra, installation de Giuseppe Penone au domaine de Chaumont-sur-Loire, 2020. © Éric Sander

Dans ce havre des bords de Loire, elle a réuni des artistes à première vue très différents les uns des autres : Joël Andrianomearisoa, Marinette Cueco, Makoto Azuma, Sophie Lavaux, Léa Barbazanges, Marc Nucera, Vincent Barré, Wang Keping, Axel Cassel… Entre parc et château, la promenade d’art contemporain brille pourtant par les correspondances qui se nouent entre les œuvres, toutes reliées à la nature, des grandes toiles de Philippe Cognée aux plumes évanescentes d’Isa Barbier, en passant par les funèbres souches de Pascal Convert. Recueillies par l’artiste sur le sol de Verdun, ces étranges stèles noircies à l’encre de Chine fleurissent désormais dans le cadre bucolique de Chaumont, en hommage aux combattants de la guerre 14-18. Plus loin, le Chemin de vie du Belge Bob Verschueren serpente entre les arbres en faisant corps avec la terre dont il semble sorti, aussi vibrant et organique que les arbres de Marc Nucera, amoureusement sculptés à la tronçonneuse.

Faisceau, installation d’Isa Barbier au domaine de Chaumont-sur-Loire, 2020. © Anne-Lys Thomas

En intérieur, le parcours privilégie des œuvres moins monumentales mais tout aussi éloquentes. Maniés par Léa Barbazanges selon des méthodes scientifiques, les cristaux et les quasi-cristaux s’assemblent en paysages givrés ou en pavages irisés comme des bulles de savon, quand les herbiers de Marinette Cueco déploient leur subtile calligraphie végétale. Constituée de 6 500 petites plumes blanches suspendues, l’installation Faisceau d’Isa Barbier fait quant à elle jaillir une lame de lumière dans la pièce sombre où elle est exposée...

« Insaisissable légèreté de l’art », sourit Chantal Colleu-Dumond. La directrice compte aussi parmi ses invités Joël Andrianomearisoa, qui propose une impressionnante installation de drapés où la légèreté alterne cette fois avec une matérialité compacte, selon les effets de la lumière sur le textile. Déployée en cinq moments et cinq lieux, l’œuvre intègre I Have Forgotten The Night, présentée dans le premier pavillon de Madagascar à la Biennale de Venise, en 2019. Elle devient à Chaumont le point de départ d’un passage de la nuit au jour, d’une perpétuelle renaissance plus que jamais d’actualité.

Installation de Joël Andrianomearisoa au domaine de Chaumont-sur-Loire, This Evening The Night Doesn’t Want To End / Ce soir la nuit ne veut pas s’arrêter , 2020. © Leighton Gough

Saison d’art 2020, jusqu’au 1er novembre, domaine de Chaumont-sur-Loire, 41150 Chaumont-sur-Loire.