Courtesy Tim Van Laere Gallery

La ville offre un parfait équilibre entre institutions, galeries et espaces alternatifs. Coup de projecteur sur une folle effervescence artistique.

Métropole portuaire et commerciale, puissance économique, centre diamantaire réputé, haut lieu de la mode, Anvers est aussi une capitale culturelle et artistique de premier plan. Ses artistes phares se nomment Pierre Paul Rubens, Antoine Van Dyck et Jacob Jordaens. Bon nombre de leurs œuvres sont conservées au musée royal des Beaux-Arts, malheureusement fermé depuis de trop nombreuses années (2011) pour des travaux de rénovation et d’agrandissement qui s’éternisent. Aujourd’hui, ce sont d’anciens ou d’actuels résidents comme Panamarenko, Guillaume Bijl, Laure Prouvost, Otobong Nkanga et, bien sûr, Jan Fabre et Luc Tuymans, deux des artistes belges les plus reconnus, qui font résonner le nom de la ville.

De G8 Hessenhuis au M HKA

À l’orée des années 1960, avec le groupe G8 Hessenhuis (actif de 1958 à 1962), Anvers se profile comme l’un des points de chute européens importants pour les artistes proches du groupe ZERO (Piero Manzoni, Jean Tinguely, François Morellet y ont régulièrement exposé). À la fin de cette décennie, la mythique galerie Wide White Space ainsi que d’autres initiatives curatoriales, par exemple celle du collectif A 37 90 89, animé par Isi Fiszman et Kasper König, font s’y croiser des artistes tels que Carl Andre, Joseph Beuys, Marcel Broodthaers, Daniel Buren, Alberto Lamelas, A. R. Penck, La Monte Young, Christo et même Ben, alors une des figures de proue du mouvement Fluxus. En 1970, la création de l’International Cultureel Centrum (ICC), dédié à l’organisation d’ex-positions d’artistes contemporains belges et étrangers, assoit la réputation de la ville. Dirigé par Flor Bex, l’ICC fut une des premières institutions à défendre l’art vidéo et la performance – certaines des actions de James Lee Byars sont encore dans les mémoires, comme les concerts inauguraux de Laurie Anderson en Europe.

Anvers est une ville en constante évolution et en incessante extension, notamment le long de l’Escaut et de ses anciens entrepôts portuaires.

Anvers est aussi l’une des rares villes à avoir rendu possible, en 1977, une réalisation in situ de Gordon Matta-Clark, Office Baroque, découpes transversales au travers des cinq étages d’un immeuble voué à la destruction, situé sur les quais du port. Un an plus tard, au décès de l’artiste, Flor Bex, avec l’aide d’autres passionnés, a tout tenté pour sauvegarder ce bâtiment, devenu une œuvre emblématique et désormais testamentaire de l’artiste américain. L’idée était d’en faire le noyau d’un futur musée d’art contemporain, alimenté, entre autres, par les dons de plusieurs artistes sollicités afin de donner corps au projet, tout en rendant hommage à Gordon Matta-Clark. La tentative de préservation de l’édifice échoua. Mais les œuvres cédées furent à la base de la collection de l’actuel M HKA, situé sur le même quai que l’œuvre détruite de Matta-Clark et dirigé par Flor Bex. La boucle était ainsi bouclée.

Nombreuses initiatives artistiques

En 1981, Frank Demaegd fonde la galerie Zeno X dans le même quartier Sud de la ville, où se trouve le M HKA, face au musée royal des Beaux-Arts. En 1990, il y propose la première exposition d’un jeune peintre de 32 ans, Luc Tuymans; ils ne se sont plus quittés depuis. Les rues avoisinantes se peuplent peu à peu d’autres galeries de renom, telles celles de Micheline Szwajcer ou de Tim Van Laere, dans des programmations que tout oppose : les arts conceptuel et minimal ainsi que ses descendants pour la première, des œuvres plus picturales et à l’inclination baroque et expressionniste pour la seconde. À côté de l’historique Zwarte Panter (1968) naissent de nombreuses autres galeries, comme celle d’Annie Gentils (1985), forte de son expérience avec l’espace Montevideo, et celle qu’Axel Vervoordt et ses fils ont investi dans une ancienne malterie industrielle de la banlieue anversoise. Plusieurs autres enseignes se démarquent : citons Fifty One (la plus importante galerie belge spécialisée en photographie), Annette De Keyser, Geukens & De Vil, Sofie Van de Velde, Keteleer, Valerie Traan ou encore (re)D. Toutes participent activement à l’Antwerp Art Weekend, dont la cinquième édition s’est tenue en mai dernier, rassemblant près de quatre-vingts adresses. Parmi celles-ci se trouvent bon nombre d’espaces alternatifs ou curatoriaux, comme Ruimte Morguen, LLS Paleis, Escautville, Kunsthal Extra City (qui proposait déjà, en 2014, une importante exposition-installation de Laure Prouvost). S’y ajoutent une quinzaine de lieux dont la programmation, axée sur de jeunes artistes, témoigne de la vivacité de la scène anversoise. Rien de vraiment étonnant à cela, au vu de l’importance des deux écoles d’art locales : la fameuse Académie royale des beaux-arts, et son célèbre département mode, et la Hoger Instituut Voor Schone Kunsten-Vlaanderen (HISK), désormais installée à Gand. L’histoire ne s’arrête pas là, car Anvers est une ville en constante évolution et en incessante extension, notamment le long de l’Escaut et de ses anciens entrepôts portuaires. À proximité du quartier artistique et branché du Sud s’élève un Nouveau Sud, essentiellement dévolu au logement. Deux galeries s’y sont déjà établies (Sofie Van de Velde et Plus One), tout récemment rejointes par celle de Tim Van Laere, qui y a fait construire un nouveau bâtiment de plus de 1000 m2. Entre grues, pierraille et palissades, l’exposition inaugurale « Kunst Kunst Kunst » a attiré pas moins de 5000 visiteurs au mois d’avril dernier.