Photo: Nii Odzenma.

Reportages
Prix artistique

À Accra, un nouveau prix dédié aux artistes femmes africaines

Basée à Accra au Ghana, la Gallery 1957 lance, pour fêter ses cinq ans d’existence, un prix pour soutenir et renforcer la visibilité internationale des artistes femmes africaines.

Paa Joe et Elisabeth Efua Sutherland, Akԑ yaaa heko. One does not take it anywhere. Courtesy Gallery 1957, Accra. Photo: Nii Odzenma.

Le prix artistique Yaa Asantewaa (Yaa Asantewaa Art Prize) - le tout premier prix dédié aux femmes artistes africaines vivant et travaillant en Afrique - a été lancé hier à Accra, au Ghana, dans le cadre de la Journée internationale des femmes. Cette initiative de la Gallery 1957, basée dans cette ville africaine, s’est donnée pour but d’accroître la visibilité des artistes féminines africaines sur la scène artistique internationale. Le prix, qui porte le nom de la reine du Ghana, est lancé à l’occasion des célébrations du cinquième anniversaire de la galerie. Il est ouvert à toutes les femmes artistes ou qui s’identifient comme telles, qu’elles soient établies au Ghana ou appartiennent à la diaspora ghanéenne.

Parmi les jurés du prix figure l’écrivaine et journaliste britannique Afua Hirsch, qui était auparavant basée à Accra quand elle était correspondante du Guardian en Afrique de l’Ouest. Afua Hirsch rend hommage à « la scène artistique ghanéenne, riche de sa diversité et de ses collectifs ». « Le Ghana a une histoire remarquable de génie artistique, mais il y a encore tant à faire pour mettre en lumière les créateurs ghanéens et leur travail afin que leur contribution soit reconnue et leur avenir assuré », a-t-elle déclaré à The Art Newspaper.

« LE GHANA A UNE HISTOIRE REMARQUABLE DE GÉNIE ARTISTIQUE »

Le jury comprend également le peintre figuratif ghanéen Amoako Boafo, la collectionneuse Charlotte Newman, qui travaille chez Amazon Web Services, Zoe Whitley, directrice de la Chisenhale Gallery à Londres, Touria El Glaoui, fondatrice de la foire d’art africain 1-54, et Ibrahim Mahama, artiste ghanéen représenté par la galerie White Cube (Londres, Hongkong) et fondateur du Savannah Center for Contemporary Art, artist run space situé à Tamale, au Ghana. Le jury est complété par l’homme d’affaires libanais Marwan Zakhem, fondateur et directeur de la Gallery 1957.

Ouverte en 2016, le 6 mars – jour de l’indépendance du Ghana –, l’enseigne est nommée en référence à l’année de l’indépendance du Ghana. La Gallery 1957 est la première galerie d’art contemporain d’Accra à opérer au niveau international. Aujourd’hui, l’enseigne représente certains des artistes les plus reconnus du continent africain.

Tiffany Alfonseca, Yo Soy La Que Mando, 2020. Courtesy de l’artiste et Gallery 1957.

Située au rez-de-chaussée de l’hôtel de luxe Kempinski Gold Coast City d’Accra, la Gallery 1957 avait initialement été fondée par Marwan Zakhem pour présenter sa propre collection d’art contemporain. Toutefois, en visitant les ateliers d’artistes basés à Accra, Marwan Zakhem a pris conscience de la qualité des créateurs travaillant dans un périmètre de quelques kilomètres autour de la galerie. Mais, privés de structures artistiques locales, ils avaient peu de chances de se faire connaître au niveau international.

Outre des artistes tels que Serge Attukwei Clottey et Kwesi Botchway, la Gallery 1957 représente également la photographe ivoirienne Joana Choumali, qui vit et travaille à Abidjan. En novembre 2019, elle est devenue la première Africaine à remporter le prix Pictet pour la photographie pour sa série Ça va aller (2016-2019). Joana Choumali est aujourd’hui considérée comme l’une des principales femmes photographes travaillant dans le monde.

Œuvre issue de la série Ça va aller (2016-2019), de Joana Choumali, lauréate du Prix Pictet. © Joana Choumali

La création du Prix artistique Yaa Asantewaa a été motivée par un constat fait par Marwan Zakhem et son équipe : les femmes artistes ghanéennes n’avaient souvent pas la possibilité de se consacrer à leur pratique comme le font leurs homologues masculins, notamment à cause d’une culture axée au Ghana sur le patriarcat.

« L’OBJECTIF EST DE DONNER AUX ARTISTES UNE PLATE-FORME POUR LEUR TRAVAIL »

« Nous espérons offrir un moyen de remédier au manque de soutien pour les femmes et les femmes artistes dans le pays et sa diaspora », nous a déclaré Marwan Zakhem. Et d’ajouter : « Au-delà du support financier, l’objectif est de donner aux artistes présélectionnées une plate-forme pour leur travail, et une visibilité dans le monde entier ».

Ce nouveau prix espère ainsi contribuer à aider les artistes femmes du pays, qui se battent pour pouvoir montrer leur travail et susciter l’attention des collectionneurs sur la scène internationale. Il sera doté de 40 000 cédis ghanéens, soit l’équivalent de 5 900 euros. La lauréate sera accueillie en résidence et bénéficiera d’une exposition à la Gallery 1957 en 2021. Un deuxième et un troisième prix, respectivement de 2 952 euros et 2 110 euros, seront attribués à deux autres artistes.

Les candidatures pour le Prix artistique Yaa Asantewaa sont ouvertes jusqu’au 31 mai 2021, et la lauréate sera annoncée en août 2021.