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La période qui s’ouvre aujourd’hui sera certainement l’occasion pour beaucoup d’institutions de se recentrer sur leurs propres fonds qui depuis des années, succès des grandes expositions monographiques et thématiques oblige, sont bien souvent restés au second plan.

Avec ce numéro s’achève notre série d’une quarantaine d’entretiens de directrices et directeurs des grandes institutions artistiques de France, du Canada, de Suisse et de Belgique publiés quotidiennement depuis le mois de mars. Durant ce confinement qui, de façon inédite, a obligé l’ensemble des musées, fondations, FRAC et centres d’art à fermer leurs portes, il nous a semblé indispensable de permettre à ces structures d’évoquer le travail effectué dans l’ombre et de présenter leurs projets nécessairement reconfigurés pour cause de crise sanitaire. Chaque lieu a rivalisé d’inventivité pour proposer sur Internet du contenu pour tous les publics, des plus jeunes jusqu’aux chercheurs, offrant activités, parcours virtuels d’expositions et éclairages sur leurs collections. Cette période qui s’ouvre aujourd’hui sera certainement l’occasion pour beaucoup d’institutions de se recentrer sur leurs propres fonds qui depuis des années, succès des grandes expositions monographiques et thématiques oblige, sont bien souvent restés au second plan. Des budgets en berne, des transports plus compliqués et aussi une prise en considération par le milieu de l’art des problématiques environnementales vont certainement conduire à un ralentissement des grands événements temporaires onéreux en énergie et en ressources.

Vue du musée du Louvre à Paris D.R. Wikimedia

À l’heure où les petits et grands musées rouvrent ou s’apprêtent à rouvrir, il faut aussi souligner l’engagement qu’ont pris ces structures tout au long de ces semaines à ne pas laisser sur le bord de la route l’ensemble de leurs collaborateurs extérieurs – restaurateurs, scénographes, régisseurs, commissaires d’exposition, auteurs, éditeurs… –, mais également bien sûr les artistes – qui sont très impactés par cette crise du coronavirus – et leurs galeries. Dans un milieu de l’art qui a parfois tendance à être très individualiste, de nouvelles prises de conscience d’une nécessaire solidarité semblent avoir mûri au cours de ce confinement. Si cette série d’entretiens a pu modestement y participer, elle aura atteint l’un des objectifs que nous avions pu lui assigner.