Opinion
Perspectives

Pouvoir enfin se voir en peinture

Depuis des décennies, l’on ne cesse de gloser sur la peinture, son impossibilité, sa fin. Ce débat a été d’autant plus radical en France qu’il est le pays de l’inventeur du ready-made, Marcel Duchamp. Il faut bien l’avouer, la peinture n’a pas, pendant longtemps, été la priorité des institutions dans l’Hexagone. Cela n’a pas empêché de grands peintres de faire œuvre, à l'instar de Marc Desgrandchamps qui a dévoilé ses dernières séries à la Galerie Lelong & Co en 2020 ou de Bruno Perramant, dont l’exposition récente chez In Situ-fabienne Leclerc était accompagnée d’un texte de Yannick Haenel. Ces deux artistes ne sont pas présents dans « Les apparences, 50 peintres contemporains de la scène française », proposée cet été par l’artiste Thomas Lévy-Lasne au centre d’art acentmetresducentredumonde à Perpignan. « Une génération entre 35 et 45 ans est particulièrement mise en avant dans l’exposition : elle a été découragée en école d’art mais ces nombreux artistes ont persévéré dans leur pratique patiente », précise le commissaire. Si certaines figures tutélaires sont appelées, comme Eugène Leroy ou Gilles Aillaud, l’accrochage montre surtout une scène picturale hexagonale particulièrement active, de Romain Bernini à Françoise Pétrovitch.

Vue de l’exposition « Les apparences, 50 peintres contemporains de la scène française », au centre d’art acentmetresducentredumonde à Perpignan. Commissaire : Thomas Lévy-Lasne. Courtesy acentmetresducentredumonde, Perpignan.

Les Français (Martin Barré, Ben, Daniel Buren, Alain Jacquet, Niki de Saint Phalle…) ne sont pas non plus absents de la remarquable exposition à la Fondation Prada à Venise, « Stop Painting », proposée elle aussi par un artiste, le Suisse Peter Fischli. Partant du postulat que « la peinture est morte », pour reprendre la fameuse exclamation de Paul Delaroche, le parcours explore les ruptures qui ont émaillé l’histoire du médium, principalement depuis les années 1960, à travers des chapitres aux noms évocateurs – du « Délire de négation » à « Quand les peintures deviennent des objets ». Cependant, pour Peter Fischli, notre rapport actuel à l’image induit par Internet a changé son statut : « la peinture apparaît illuminée, disposant d’une nouvelle aura ». Les jeunes générations l’ont bien compris.