Opinion
Perspectives

Les œuvres NFT font tourner les têtes

La vente le 11 mars par Christie’s de l’œuvre NFT (jeton non fongible) de Beeple Everydays : The First 5000 Days pour la somme hallucinante de 69 346 250 dollars a provoqué une déflagration dans le marché de l’art. Comment un créateur à peine connu, né en 1981, puisse devenir le troisième artiste vivant le plus cher aux enchères, juste après l’adjudication pour 90,3 millions de dollars chez Christie’s de Portrait of an artist de David Hockney le 15 novembre 2018, et celle du Rabbit de Jeff Koons, qui détient le record absolu, avec sa vente, encore chez Christie’s, pour 91,1 millions de dollars le 16 mai 2019 ? Chaque NFT comprend à la fois la devise, le certificat et une œuvre, qui peut être notamment une vidéo ou une photo. Enregistrées dans la Blockchain, toutes les œuvres NFT sont uniques mais aussi inviolables. Traçables, elles ne peuvent – a priori – pas faire l’objet de contrefaçons.

L’œuvre NFT Everydays : The First 5 000 Days(2021) de l’artiste Beeple, vendue 58 millions d'euros. Courtesy Christie's.

Face aux millions de dollars que représente potentiellement ce nouveau marché, nombre de galeries ont récemment annoncé des projets dans le domaine. La Pace Gallery s’est ainsi associée à l’artiste suisse Urs Fischer qui se lance dans les NFT avec sa série CHAOS constituée de 501 sculptures numériques uniques. L’enseigne a même recruté une nouvelle collaboratrice, Christiana Ine-Kimba Boyle, qui sera, à partir du 3 mai, responsable de la vente des NFT. Chez Almine Rech, c’est le département « édition » qui expérimente ce nouveau marché avec des œuvres numériques du jeune artiste français César Piette. Le 15 avril, c’était au tour de kamel mennour de dévoiler son « premier projet sous forme de NFT ». La galerie s’est associée au collectif français Obvious qui a créé «une série de trois portraits, incarnant trois points de rencontre entre la peinture et un aspect identifié par Obvious comme participant du “portrait Classique”: la perspective, le pigment en tube, la photographie ».

Ce basculement dans le numérique pourrait néanmoins être périlleux. Si l’on peut comprendre les motivations financières qui animent ces acteurs, il est cependant essentiel que les enseignes ne se départissent pas des critères artistiques qui ont fait leur renommée.